Page:Cournot - Essai sur les fondements de nos connaissances.djvu/194

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si, en fait de grandeur et de petitesse, tout n’était pas relatif, et qu’il pût y avoir de raison intrinsèque pour que les atomes et les systèmes d’atomes fussent construits plutôt sur une échelle que sur une autre. Mais nous ne voulons pas insister davantage ici sur cet argument, tout leibnitzien, qui rentre dans les considérations que nous devons développer un peu plus loin, à propos de la critique de l’idée d’espace. Est-ce à dire qu’il faille substituer à l’hypothèse vulgaire des atomes de dimensions finies, quoique extrêmement petites, et de figures déterminées, quoique inconnues, une autre hypothèse sur la constitution des corps, du genre de celles que Leibnitz lui-même, et d’autres philosophes qu’on appelle dynamistes, ont proposées ? Pas le moins du monde, puisque ce serait reproduire sous une autre forme la prétention que nous croyons insoutenable, celle de pénétrer l’essence des choses et d’en assigner les premiers principes. Tout au contraire, nous admettrons que la théorie atomistique est d’un usage nécessaire ; qu’on ne saurait s’en passer dans le langage des sciences, parce que notre imagination a besoin de se reposer sur quelque chose, et que ce quelque chose, en vertu des faits que nous avons analysés en traitant des sensations, ne peut être qu’un atome ou corpuscule étendu et figuré ; mais la raison intervient pour abstraire l’idée, ou ce qui fait l’objet d’une véritable connaissance, d’avec l’image qui lui sert de soutien, et dont l’intervention nécessaire n’est que la conséquence des lois de notre organisation. L’hypothèse atomistique est au nombre de ces hypothèses dont l’emploi, si fréquent dans les sciences, ne doit pas être blâmé, pourvu que l’on ne commette pas la méprise de prendre pour les matériaux de la construction scientifique ce qui n’en est que l’échafaudage extérieur ; et pourvu qu’on reconnaisse bien que ces conceptions hypothétiques ne sont pas introduites à titre d’idées, mais à titre d’images, et à cause de la nécessité où se trouve l’esprit humain d’enter les idées sur des images (112).

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Il est temps que cette discussion nous conduise à parler des propriétés des corps qui doivent vraiment passer pour fondamentales ; et d’abord, pour mieux distinguer les faits positifs, les résultats certains de l’observation, d’avec les conceptions hypothétiques qu’on pourrait y mêler, rappelons brièvement les faits dans l’ordre où l’expérience les constate.