Page:Cournot - Essai sur les fondements de nos connaissances.djvu/23

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que les rayons lumineux font leur trajet, indépendamment de la présence de l’observateur, qu’il ait l’œil fermé ou ouvert pour les recevoir. L’arc-en-ciel est un phénomène ; la présence de l’observateur est la condition de la perception, et non celle de la production du phénomène : ratio cognoscendi, non ratio essendi.

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Ce que nous disons de l’arc-en-ciel, nous le dirions des couleurs changeantes que certains corps présentent. La perception des couleurs change avec la position de l’observateur par rapport au corps, mais non pas, comme dans le cas des couleurs accidentelles, par suite de modifications propres à l’organe de l’observateur ou au sujet percevant. Le corps renvoie effectivement des rayons d’une certaine couleur dans une direction, et des rayons d’une couleur différente dans une autre. Nous dirons donc que l’idée du corps, en tant que revêtant telle couleur, n’est pas une illusion ; que cette idée est douée d’une réalité objective et phénoménale, bien que relative et non absolue ; et nous regarderions au contraire comme entachée d’illusion la représentation que s’en ferait un homme dont les yeux malades faussent les couleurs, ou qui regarderait à son insu ce corps à travers un milieu coloré.

Que s’il s’agit d’un corps à couleur propre, invariable, tel que l’or parfaitement pur, le caractère physique tiré de la couleur aura une plus grande valeur aux yeux du naturaliste et aux yeux du philosophe : il jouira en effet à un plus haut degré de la consistance objective : non pas que, quand on dit : L’or est jaune, on s’imagine qu’il y ait dans le métal quelque chose qui ressemble à la sensation que nous fait éprouver la couleur jaune. Les métaphysiciens des deux derniers siècles se sont trop évertués à nous prémunir contre une méprise si grossière. Mais on entend, ou du moins tout homme un peu exercé à la réflexion entend sans peine que l’or a réellement la propriété de renvoyer en tous sens des rayons lumineux d’une certaine espèce, que nous distinguons des autres par la propriété qu’ils ont d’affecter d’une certaine manière la sensibilité de la rétine, et qu’au besoin, grâce au progrès des sciences, nous distinguerions par d’autres caractères, tels que celui d’avoir tel indice de réfraction, celui de produire tels effets calorifiques ou chimiques. Viendra maintenant un physicien qui, scrutant plus curieusement