Page:Cournot - Essai sur les fondements de nos connaissances.djvu/22

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une surface blanche le long des lignes qui la séparent d’une surface colorée, ou des teintes que la surface blanche acquiert pour quelques instants, après que l’œil s’est appliqué pendant un temps suffisant à regarder une surface colorée. Ce sont encore là des apparences qui tiennent au mode de sensibilité de la rétine, et qui n’ont aucune réalité externe. Telle modification dans la structure de l’œil ou dans le ton de la fibre nerveuse permettrait de suivre le mouvement du point en ignition, quand, pour des yeux tels que les nôtres, a déjà lieu l’apparence d’un cercle continu. Cependant ces illusions, ces fausses apparences ne sont point, comme celles de la première catégorie, indépendantes de la présence des objets externes, ou liées à la présence de ces objets, mais par de tout autres rapports que ceux qui donnent aux impressions du même genre, dans les circonstances normales, une vertu représentative. Elles dépendent au contraire de la présence des objets externes, et résultent d’une simple déviation des lois ordinaires de la représentation : déviation soumise elle-même à des lois régulières, susceptible d’être définie par l’expérience et rectifiée par le raisonnement ; moyennant quoi la perception sera soustraite à l’influence des modifications subjectives qui l’altéraient et la faussaient.

Nous sommes frappés pour la première fois du spectacle d’un arc-en-ciel, et, dans l’habitude où nous sommes de voir les couleurs s’étendre à la surface de corps résistants qui conservent ces couleurs en se déplaçant dans l’espace ou qui ont, comme on dit, des couleurs propres, nous jugeons de prime abord que l’arc-en-ciel est un objet matériel, teint de couleurs propres, occupant dans le ciel une place déterminée, d’où il offrirait les mêmes apparences à des spectateurs diversement placés, sauf les effets ordinaires de perspective, dont nous sommes exercés à tenir compte. Or, l’arc-en-ciel n’a pas ce degré de réalité ou de consistance objective ; il n’existe en tel lieu de l’espace que relativement à tel observateur placé dans un lieu déterminé ; de sorte que, l’observateur se déplaçant, l’arc se déplace aussi, ou même s’évanouit tout à fait : et néanmoins ce n’est point une illusion ; car, s’il faut que l’observateur se trouve en tel lieu pour que le concours des rayons lumineux y produise la perception d’un arc-en-ciel et le lui fasse rapporter à tel autre lieu de l’espace, nous concevons parfaitement