Page:Cournot - Essai sur les fondements de nos connaissances.djvu/73

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reliés par elle aussi bien que les faits qui ont servi à la construire, si surtout des faits prévus comme conséquence de l’hypothèse reçoivent des observations postérieures une confirmation éclatante, la probabilité de l’hypothèse peut aller jusqu’à ne laisser aucune place au doute dans tout esprit suffisamment éclairé. L’astronomie nous en fournit le plus magnifique exemple dans la théorie newtonienne de la gravitation, qui a permis de calculer avec une si minutieuse exactitude les mouvements des corps célestes, qui a rendu compte jusqu’ici de toutes leurs irrégularités apparentes, qui en a fait prévoir plusieurs avant que l’observation ne les eût démêlées, et qui a indiqué à l’observateur les régions du ciel où il devait chercher des astres inaperçus. Cet accord soutenu n’emporte cependant pas une démonstration formelle comme celles qui servent à établir les vérités géométriques. On ne réduirait pas à l’absurde le sophiste à qui il plairait de mettre un tel accord sur le compte du hasard. L’accord observé n’emporte qu’une probabilité, mais une probabilité comparable à celle de l’événement physiquement certain, en prenant ces termes dans le sens qui a été expliqué plus haut (34), une probabilité de l’ordre de celles qui déterminent irrésistiblement la conviction de tout esprit droit ; et il serait contre la nature des choses qu’une loi physique pût être établie d’une autre manière.

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En continuant de nous aider de la comparaison géométrique faite au n° 44, il faut bien distinguer l’induction qui s’applique à des points compris dans les limites de l’observation, de l’induction qui s’étend à des points situés en deçà ou au delà de ces limites. Ainsi, l’on a observé le point mobile dans dix positions prises au hasard pour être le sujet d’autant d’observations ; et les dix points déterminés de la sorte se trouvent appartenir à une ligne géométrique, non plus à une ligne limitée et rentrant sur elle-même, comme un cercle ou une ellipse, mais à une ligne du genre de celles qui peuvent se prolonger indéfiniment, comme une parabole ou une hyperbole. On en induira que les positions intermédiaires, si l’on avait pu les observer, auraient été autant de points appartenant à la même courbe : car il serait bien extraordinaire que le hasard eût fait tomber précisément sur les points susceptibles d’être liés par une loi géométrique aussi simple, tandis