Page:Cournot - Essai sur les fondements de nos connaissances.djvu/81

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corps inconnus doivent se ranger ; mais, pour cela, ils ne tiennent compte que des analogies que présentent, d’après leur mode d’action chimique, les composés dans la constitution desquels sont réputés entrer les radicaux inconnus. Il pourra n’être d’aucune importance à leurs yeux que ces composés affectent à la température ordinaire l’état solide, liquide ou gazeux ; qu’ils soient blancs ou diversement colorés. En un mot, ils ne se borneront pas à constater des ressemblances, et ne régleront pas sur le nombre des ressemblances la probabilité de telle ou telle hypothèse chimique ; ils tiendront surtout compte de la valeur des caractères, valeur indiquée par la théorie, ou constatée par des expériences antérieures ; et l’on se conduira de même, à plus forte raison, dans l’étude des êtres organisés, ou la variété des rapports, jointe à la subordination bien marquée des caractères, offre une tout autre carrière au jugement analogique. Là, surtout, l’analogie fournit de ces probabilités irrésistibles que l’on doit assimiler à la certitude physique ; et il n’est pas un naturaliste qui, à l’aspect d’un animal d’espèce jusqu’à présent inconnue, occupé à allaiter ses petits, ne soit parfaitement sûr d’avance que la dissection y fera trouver un cerveau, une moelle épinière, un foie, un cœur, des poumons propres à une circulation double et complète, etc. Une étude patiente des êtres vivants a mis en évidence des lois dont la nature ne s’écarte pas dans les modifications innombrables qu’elle fait subir à certains types d’organisation ; et, bien que la raison de ces lois surpasse le plus souvent nos connaissances, nous ne saurions douter de leur réalité, ni admettre que l’assemblage fortuit de causes indépendantes les unes des autres en ait produit le fantôme. En consultant l’étymologie, qui est presque toujours le meilleur guide, nous devons entendre plus spécialement par analogie (¢nalog…a) un procédé de l’esprit qui s’élève, par l’observation des rapports, à la raison de ces rapports, faute de pouvoir descendre de la conception immédiate des principes à l’explication des rapports qui en dérivent et qui s’y trouvent virtuellement compris ; tandis que l’induction (™pagog¾) est plus spécialement le procédé de l’esprit qui, au lieu de s’arrêter brusquement à la limite de l’observation immédiate, poursuit sa route, prolonge la ligne décrite, cède, pour ainsi dire, pendant quelque temps encore, à la loi du