Page:Cournot - Essai sur les fondements de nos connaissances.djvu/82

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mouvement qui lui était imprimé, mais non pas d’une manière fatale et aveugle ; car la raison lui dit pourquoi il aurait tort de résister, et elle se charge de justifier pleinement ce qui aurait pu n’être dans l’origine qu’une tendance instinctive.

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Dans tous les jugements que nous venons de passer en revue, l’esprit ne procède point par voie de démonstration, comme lorsqu’il s’agit d’établir un théorème de géométrie, ou de faire sortir, par un raisonnement en forme, la conclusion des prémisses. Il y a donc, indépendamment de la preuve qu’on appelle apodictique, ou de la démonstration formelle, une certitude que nous avons souvent nommée (avec les auteurs) certitude physique, en tant qu’elle s’applique à la succession des événements naturels, mais qu’on pourrait qualifier aussi de philosophique ou de rationnelle, parce qu’elle résulte d’un jugement de la raison qui, en appréciant diverses suppositions ou hypothèses, admet les unes à cause de l’ordre et de l’enchaînement qu’elles introduisent dans le système de nos connaissances, et rejette les autres comme inconciliables avec cet ordre rationnel dont l’intelligence humaine poursuit, autant qu’il dépend d’elle, la réalisation au dehors. Mais, tandis que la certitude acquise par la voie de la démonstration logique est fixe et absolue, n’admettant pas de nuances ni de degrés, cet autre jugement de la raison, qui produit sous de certaines conditions une certitude ou une conviction inébranlable, dans d’autres cas, ne mène qu’à des probabilités qui vont en s’affaiblissant par nuances indiscernables, et qui n’agissent pas de la même manière sur tous les esprits. Par exemple, telles théories physiques sont, dans l’état de la science, réputées plus probables que d’autres, parce qu’elles nous semblent mieux satisfaire à l’enchaînement rationnel des faits observés, parce qu’elles sont plus simples ou qu’elles font ressortir des analogies plus remarquables ; mais la force de ces analogies, de ces inductions, ne frappe pas au même degré tous les esprits, même les plus éclairés et les plus impartiaux. La raison est saisie de certaines probabilités qui pourtant ne suffisent pas pour déterminer une entière conviction. Ces probabilités changent par les progrès de la science. Telle théorie, repoussée dans l’origine et ensuite longtemps combattue, finit par obtenir l’assentiment unanime ; mais les uns cèdent plus tard que d’autres : preuve qu’il entre dans les