Page:Cournot - Essai sur les fondements de nos connaissances.djvu/90

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un mode de plus en plus régulier, et qui finalement doit offrir une régularité parfaite, lors même qu’il n’y aurait eu, dans le mode de distribution initial, aucune trace de régularité. De même, si l’on suppose un amas sporadique de particules matérielles, distribuées irrégulièrement à des distances quelconques les unes des autres, animées d’ailleurs de vitesses quelconques, mais soumises de plus à des forces qui les attirent les unes vers les autres, il arrivera au bout d’un temps suffisant que ces particules s’aggloméreront en un corps de figure régulière, dont le mouvement régulier de rotation et de translation sera une sorte de moyenne entre les mouvements divers qui animaient les diverses particules à l’état sporadique. L’ordre sera né de lui-même du sein du chaos primordial. De même, enfin, si l’on agite irrégulièrement de l’air ou de l’eau à l’embouchure d’un tuyau ou d’un canal de forme régulière, le mouvement se propagera de manière qu’à une certaine distance de l’embouchure on n’apercevra plus que des ondulations régulières, dont la loi ne dépendra point du mode d’ébranlement initial. Dans tous ces phénomènes, l’ordre qui s’établit en définitive n’atteste (comme la constance des rapports trouvés par la statistique) que la prépondérance finale d’une influence irrégulière ou permanente sur les causes anomales et variables. Il est la conséquence de lois mathématiques, et nous ne pouvons l’admirer que comme nous admirerions un théorème de géométrie qui nous frapperait par sa simplicité et par la fécondité de ses applications.

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Il en est de même de l’harmonie qui s’établit finalement entre plusieurs phénomènes ou séries de phénomènes, en raison de l’influence qu’une série exerce sur l’autre, ou par suite de réactions mutuelles. C’est ainsi que, selon la curieuse expérience citée plus haut (53, note), si l’on fixe à un même support deux horloges dont les battements ne sont point parfaitement synchrones ni les marches rigoureusement concordantes, on remarque, au bout d’un certain temps, que la transmission des mouvements d’une horloge à l’autre, par l’intermédiaire du support commun, les a amenées au synchronisme et à la concordance exacte. En général, des corps qui peuvent se communiquer leurs mouvements vibratoires tendent à vibrer à l’unisson, quoique doués à l’origine de mouvements vibratoires dont les périodes ne concordent pas et sont d’inégales