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vi
INTRODUCTION.

tréteau une chaise à laquelle est attaché un tableau peint et divisé en compartiments, représentant divers sujets. Ces ménestrels chantent des couplets sur les événements du jour. L’un d’eux s’accompagne d’un violon ; quelquefois, mais rarement, l’autre, muni d’un tambourin, le fait résonner entre chaque strophe. Sur les feuilles volantes, contenant les chansons nouvelles, sont intercalées ça et là quelques anciennes.

Les chansons du jour ont la plupart pour auteurs ces Liedzangers ; on trouve leur nom au bas des feuilles volantes qu’ils vendent eux-mêmes. Nous avons rassemblé plus de trois cents chansons portant les noms de plus de soixante de ces ménestrels. Plusieurs de ces pièces, que nous publierons un jour, offrent un intérêt véritable pour l’histoire des mœurs de la Flandre.

Les Liedzangers sont évidemment les continuateurs des scaldes du Nord, des trouvères et des jongleurs ; ce sont les Minnesängers dégénérés quant au talent poétique, mais non quant à la verve satirique qui est toujours aussi mordante qu’en plein moyen-âge. Il est probable que quelques-unes de nos chansons ont de ces scaldes pour auteurs, mais leurs noms n’ont pas été conservés ; et le peuple, en les adoptant, se les est appropriées par les changements ou par les additions qu’il y a faits. Comme les trouvères et les minnesängers, les Liedzangers sont musiciens ; ils chantent, s’accompagnent du violon et composent même des airs ; mais l’art chez eux, c’est l’instinct ; leur maître, c’est la nature. Ils s’abandonnent à leur inspiration sans songer ou se douter qu’il existe des règles.

Un des caractères distinctifs des chants populaires, proprement dits, est leur impersonnalité. Les chants traditionnels sont tous anonymes ; ils ont pour auteurs soit des poètes naturels, qui sont poètes sans le savoir, ou sans avoir la prétention de l’être, soit des rimeurs illettrés, exprimant, dans un langage incisif et pittoresque, certains faits, certains événements qui les ont frappés. La plupart de nos chants flamands ont ce caractère ; et il en est peu dont on connaisse l’auteur.

III.

Il était temps qu’on songeât à mettre par écrit ces chants populaires pour les sauver de l’oubli où ils sont sur le point de tomber : car la langue flamande disparait de jour en jour du sol de notre Flandre. La langue française, la seule qu’il soit permis d’enseigner dans les écoles primaires, étend de plus en