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POÉSIES DE LÉONARD.

les deux ruisseaux

Daphnis, privé de son amante,
Conta cette fable touchante
À ceux qui blâmaient ses douleurs :
Deux ruisseaux confondaient leur onde,
Et, sur un pré semé de fleurs,
Coulaient dans une paix profonde.
Dès leur source, aux mêmes déserts,
La même pente les rassemble,
Et leurs vœux sont d’aller ensemble
S’abîmer dans le sein des mers.
Faut-il que le destin barbare
S’oppose aux plus tendres amours ?
Ces ruisseaux trouvent dans leur cours
Un roc affreux qui les sépare.
L’un d’eux, dans son triste abandon,
Se déchaînait contre sa rive,
Et tous les échos du vallon
Répondaient à sa voix plaintive.
Un passant lui dit brusquement :
— Pourquoi, sur cette molle arène,
Ne pas murmurer doucement ?
Ton bruit m’importune et me gêne.
— N’entends-tu pas, dit le ruisseau,
À l’autre bord de ce coteau,
Gémir la moitié de moi-même ?
Poursuis ta route, ô voyageur,
Et demande aux dieux que ton cœur
Ne perde jamais ce qu’il aime !