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DIX-HUITIÈME SIÈCLE.

GALLUS

imité de virgile

Je t’invoque, Aréthuse ! ô toi qui, sur tes bords.
Du pasteur de Sicile animas les accords !
Prête-moi de ses chants la douceur immortelle !
À mon ami Gallus, je consacre mes vers :
Puissent-ils parvenir jusqu’à son infidèle,
Et puisse ton eau pure, en coulant sous les mers,
Jamais ne se confondre au sein des flots amers !
Tandis que mes brebis paissent l’herbe nouvelle,
Je chanterai Gallus et sa flamme cruelle :
L’écho du bois m’entend, il redit tous les airs.

Naïades ! quels réduits vous cachaient sa disgrâce,
Quand d’un indigne amour il expirait frappé ?
De vos pas écartés nous ne vîmes la trace
Ni sur les hauts sommets du Pinde et du Parnasse,
Ni sur les bords fleuris de l’onde Aganippé.
Les lauriers, les buissons, les pins du mont Ménale,
Ont arrosé de pleurs sa cime pastorale :
Le Licée a gémi, quand Gallus a paru
Sur un rocher désert tristement étendu
Auprès de ses agneaux qui, refusant de paître,
Semblaient s’associer aux peines de leur maître.

Il fut environné d’un cercle de pasteurs ;
On voyait accourir tout ce peuple en alarmes :
Tous répétaient : « Pourquoi d’inutiles douleurs ? »
Apollon s’approcha : « Quelles folles ardeurs !
Lycoris, lui dit-il, cet objet de tes larmes
Brave pour ton rival et la neige et les armes. »
Silvain parut aussi, le front couvert de fleurs,.
Secouant dans ses mains des tiges verdoyantes.