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— Une vertu mortelle, rétorqua Grâce.

— Peut-on appeler mortel ce qui procure à l’homme de quoi vivre ? demanda George.

— Tout cela est du sophisme… du galimatias de sophistes, et rien de plus.

— Les sophistes primitifs gagnaient très largement leur vie, objecta George. Ne vaut-il pas mieux gagner sa vie comme sophiste que de mourir de faim ?

— Est-ce ainsi que vous gagnez votre vie ?

— Non, je ne suis pas avocat et les temps sont changés depuis Gorgias.

— J’aime mieux vous dire tout de suite, ajouta Grâce, que Mme Trimm m’a calomniée. Je ne suis pas savante et j’ignore ce qu’était Gorgias.

— Je vous demande pardon d’en avoir parlé. Je voulais sottement faire parade de mon savoir. Il n’a aucune importance…

— Si, il doit en avoir : puisque vous avez parlé de ce personnage, dites-moi ce qu’il était.

— Un des premiers sophistes. Il a cherché à prouver qu’Hélène de Troie fut un ange de vertu, et s’est ainsi engraissée des produits de ses discours et de ses écrits jusqu’à l’âge de cent ans. Cela ne réussirait plus maintenant. Plusieurs individus ont récemment défendu Lucrèce Borgia, sans s’engraisser beaucoup. C’est pour cette raison que je voudrais être avocat. Les avocats défendent des clients vivants et sont bien payés. Voyez Sherry Trimm, le mari de ma cousine. Le connaissez-vous ?

— Oui.

— Il est gros et gras. Et John Bond… le connaissez-vous aussi ?

— Naturellement, répondit Grâce avec un froncement de sourcils presque imperceptible. Il va bientôt être l’associé de M. Trimm.