Page:Croiset - Histoire de la littérature grecque, t3.djvu/117

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


LES SUJETS TRAGIQUES 105

pelait Anthos ou Antheus et dont le succès est attesté ^ En soi, ce genre n'avait rien qui répugnât à la nature de la tragédie grecque. Toute légende, mise à la scène, com- portait une grande part d'invention libre. De degré en degré, on pouvait en venir à inventer tout, sans que le public fût trop dérangé dans ses habitudes. Toutefois cette manière de faire fut en somme extrêmement rare. Aristote en donne une raison : c'est, dit-il, que la tragé- die a besoin de vraisemblance ; or ce qui passe pour être arrivé est par là même tenu pour vraisemblable -. Il est clair pourtant qu'en inventant librement, mais avec goût et sagesse, un poète habile n'aurait guère été embar- rassé de se faire croire. Nos drames bourgeois sont ac- ceptés du public sans la moindre difGculté, bien que les données en soient purement imaginaires. Ce qui fit qu'on préféra en Grèce les légendes anciennes aux fictions pu- res, c'est plutôt que ces légendes étaient liées à la reli- gion nationale et entourées d'une sorte de respect héré- ditaire qui en augmentait la puissance. Rien qu'en les évoquant, le poète faisait surgir dans les âmes mille sen- timents confus, mais profonds, dont il profilait.

Dans la légende héroïque elle-même, tout était-il à pren- dre ? Il semble que, tout à fait à ses débuts, l'art tragi- que ait comportél un élément satyrique, c'est-à-dire bouf- fon. Mais cet élénent s'en détacha de bonne heure et n'y reparut jamais. Aristote définit la tragédie un drame sé- rieux. Les 6rec$ de l'époque classique ne l'ont pas con- çue autrement. Par suite, toutes les parties de la légende qui étaient bouffonnes furent exclues de son domaine et rejetées dans celui du drame satyrique. Ce ne fut point par scrupule religieux qu'on agit ainsi, puisque le drame sa- tyrique et la comédie elle-même n'étaient pas aux yeux des Grecs des choses moins religieuses que la tragédie;

1. Aristote, Poétique, c. 9.

2. Ibidem,

��4

�� �� �