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118 GHAPITKE IV. — LA TRAGÉDIE ET SES LOIS

nous SOUS un aspect d'une simplicité presque naïve. C'est avant tout une lamentation, mais une lamentation active, en quelque sorte, en ce sens qu'elle se prépare et qu'elle s^accroît. Au fond, elle a toujours gardé ce caractère primitif, bien qu'elle soit devenue de plus en plus habile et savante dans la préparation et la pro- gression.

Comme toute pièce de théâtre, elle débute par une ex- position, qui est contenue en général dans le prologue et dans la parodos. Ce que le poète y expose, ce sont les faits qui constituent la situation initiale. En cela, l'expo- sition, telle que les Grecs la comprennent, ressem- ble à celle de la tragédie moderne. Elle en diffère en ce qu'elle est beaucoup moins complète. Jamais les Grecs ne se sont imposé à eux-mêmes la loi d'en- fermer, pour ainsi dire, toute la pièce dans son premier acte, comme l'embryon de la plante est enfermé dans sa graine. A l'origine, ce début n'était réellement pour eux que l'introduction du premier épisode. On y mettait le spectateur en état de le comprendre et de s'y intéresser, voilà tout. Chaque épisode se greffait ensuite sur le précé- dent, comme les événements dans la vie se greffent les uns sur les autres, sans être annoncés. En suivant l'histoire de la tragédie grecque chez ses principaux représentants, nous verrons qu'il y a eu progrès constant à cet égard. Euripide, en particulier, fait un effort manifeste pour donner dans quelques-uns de ses prologues un aoerjju de toute sa pièce. Mais, alors même, l'ancien principe se maintient toujours; en ceci du moins, que des person- nages étrangers à l'exposition surgissent çà et là, à me- sure que la pièce chemine. C'était là d'ailleurs une né- cessité résultant du petit nombre des acteurs. Cette li- berté de l'épisode, cette sorte de sans-gêne dans l'em- ploi d'éléments dramatiques nouveaux et inattendus, voilà ce que les Grecs n'ont jamais abandonné. L'expo-

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