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PKOGRESSION DE L'INTÉRÊT 119

sition chez eux prépare sans doute la pièce, mais elle n'est pas du tout une sorte de présentation préalable du personnel au public.

L'art des péripéties était complètement ignoré des pre- miers auteurs de tragédies. Tout se rédms^pour eux à établir une situation pathétique et à la prolonger ensuite, en la montrant sous un certain nombre d'aspects, plus ou moins variés. Point de nœud proprement dit, ni par conséquent de dénouement. Il n y avait ^'un si^et dou- loureux, dont l'effet pathétique se renouvelait d'épisode en épisode, en s'çccroissant autant que possible, jusiqu'à ce qu'on en eût tiré tout ce qu'il contenait. La j)Qrte des tragédies primitives ne nous permet pas de donner à cette observation toute la précision que nous voudrions. Mais le théâtre d'Eschyle, si simple encore, laisse deviner un état de choses antérieur qu'on peut au moins se re- présenter à peu près. Rien de moins complexe que ses pièces. Et pourtant, nous savons qu'elles paï^urent très savamment conduites à ses contemporains, qui n'étaient pas habitués à tant de variété^ Pour concevoir ce qui les a précédées, il faut donc r^djîic^ 1^ notion du mouve- ment dramatique à son minimum. Le récit, intervenant entre les chants, ajoutait do scène en scène quelques circonstances nouvelles, quelques motifs de douleur plus pressants. Le lyrisme s'en erxiparait et les mettait en œuvre puissamment. C'était par lui surtout que l'inté- rêt s'accroissait. Mais il ne faut pas se faire d'illusion sur cet accroissement. II n'avait rien de tÇiçdu ni de précipité. Ce que le public demandait, c'était que, sur un même fond de sentiments, le poète déployât succes- sivement plusieurs grandes mélodies, qui eussentchacune leur caractère propre.

Eschyle, comme nous le verrons, fut le premier qui

1. Aristoph., Grenouilles, 909 : Toùç BeaTotç — è^TjTrâTa, (icopouç XaêoDv TzapoL ^puvtxto Tpaçévxa;.

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