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LYRISME TRAGIQUE 143

ment brillante dans la période antérieure, ceux qu'elle a délaissés sont surtout les dactyliques, les péoniques, les ioniques et les choriambiques. Les rythmes dactyliques avaient passé très anciennement de l'épopée dans les no- mes et dans certains chants religieux qui s'en rappro- chaient. Ils étaient graves, pleins d'une sorte d'archaïsme pieux et d'une majesté naïve. La tragédie les fît servir d'abord à des chants plus ou moins narratifs ; mais plus elle devint dramatique, plus elle s'en détacha. Elle finit par ne les employer que rarement, en les mêlant discrè- tement à des strophes où dominaient d'autres éléments. Les rythmes péoniques, autrefois popularisés par Thalé- tas, appartenaient au culte d'Apollon. Us s'adaptaient à des airs de danses religieuses, trop peu pathétiques pour la tragédie. On les y trouve pourtant çà et là, chez Eschyle surtout. Mais dans l'ensemble du lyrisme tragi- que, on peut dire qu'ils ne comptent pas. Les rythmes io- niques et choriambiques avaient servi aux Éoliens et aux Ioniens à exprimer le trouble de la passion, les élans du désir, les agitations inquiètes de la volupté. Par là même, il semble qu'ils pouvaient prétendre à tenir quelque place dans la tragédie. Us n'y furent pas dédaignés entièrement. Au début du v® siècle, Eschyle appréciait encore à leur juste valeur ces rythmes tantôt langoureux, tantôt brisés et tumultueux, et ne craignait pas d'en composer à l'oc- casion de longs morceaux d'un caractère original. Mais cela ne dura guère après lui. Sans doute, les composi- tions de cette sorte parurent trop monotones pour un art dramatique plus savant. La part faite à ces rythmes de- vint donc de jour en jour plus modeste. On en composa des phrases musicales isolées, qui vinrent se mêler à des strophes diverses, mais on ne les laissa plus s'épanouir librement dans de longs développements uniformes.

Tandis que les rythmes dont nous venons de parler tombaient ainsi en discrédit, d'autres au contraire fai-

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