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LYRISME TRAGIQUE 145

point de vue de l'effet pathétique, c'était en quelque sorte un choriambe plus énergique, plus pressé, plus voisin de la simple parole et par là même plus naïf et plus touchant. Ce mérite le prédisposait à un rôle tragique de premier ordre. Il était en pleine faveur dès le temps d'Eschyle et il s'y maintenait, sans déclin, dans les dernières années d'Euripide.

On voit par ces quelques indications que l'art tragique, après avoir essayé de presque toutes les ressources du lyrisme indépendant, fit bientôt son choix et ne garda en somme que ce qui était particulièrement dramatique. Cette observation, qui est vraie des rythmes, ne Test pas moins de la composition lyrique.

Le principe qui domine le lyrisme savant du vi* siècle, en dehors de la tragédie naissante, c'est l'ordonnance par triades formées d'une strophe, d'une antistrophe et d'une épode. Dans une mémo ode, toutes les triades, depuis le commencement jusqu'à la fin, sont semblables quant au rythme et à la mélodie ; dans la triade elle-même, Tanti- strophe est semblable à la strophe, dont Tépode diffère plus ou moins ; de telle sorte qu'en fin de compte, quand on considère le développement lyrique dans son ensem- ble, toute rinvention rythmique et mélodique se réduit à deux groupes, une strophe double et une épode qui se répètent indéfiniment. Nous savons qu'au vi^ siècle, le dithyrambe était antistrophique, lui aussi * ; mais nous ignorons si, dans un même développement dithyrambi- que, tous les groupes de strophes étaient assujettis au même rythme et à la même mélodie. Quant au lyrisme tragique, aussi loin que nous pouvons remonter dans son histoire, nous le voyons affranchi de cette loi. Il procède bien, il est vrai, par strophe et antistrophe, mais jamais un de ces couples n'est semblable à celui qui le précède

1. Aristote, Problèmes, XIX, 15.

Hist. d« la Litt. graeqoe. — T. III. 10

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