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1*6 CHAPITRE IV. — LA TRAGÉDIE ET SES LOIS

ni à celui qui le suit. De là résulte une variété intime, qui répond à uii b^-soin de ciianjement tout à fait propre au genre. Nous sommes t*n présence d'une poésie qui veut exprimer des états d'âme essentiellement mobiles. Toute uniformité lui est contraire. CVst affaire au poète de con- duire ces changements suivant un ordre naturel, de les relier les uns aux autres, et par conséquent de laisser sentir, sous ce renouvellement incessant, une certaine unité nécessaire. Les maîtres de Tart. y réussissent par des moyens divers ; mais, chez tous, le principe fonda- mental est le même : ne jamais se répéter exactement. En outre, dans le lyrisme tragique, l'épode disparait presque entièrement ; si on l'emploie encore, c'est par exception, pour marquer, ici ou là, une sorte d'étape dans un large développement, ou plus ordinairement à la fin du chant. Cet emploi exceptionnel contribue à faire ressortir ce fait caractéristique, qu*en général le chant tragique est un chant qui n*a point d'arrêts. L'ode de Pindare et de Si- monide n'avance qu'en revenant sans cesse sur elle- même et en reprenant haleine à chaque retour. Les stasima d*Eschyle, de Sophocle et d'Euripide vont droit devant eux, dans une sorte de course plus ou moins ra- pide, mais continue.

E[i cela, les chants tragiques ont une liberté qui man- (|uait à la plupart des compositions indépendantes. Mais cette liberté, ils la restreignent en général volqntaire- ment par une symétrie à eux, qu'ils combinent selon ItMirs besoins. Tandis que, dans l'ode pindarique. l'anti- Ntroplio suit toujours la strophe immédiatement, il en est tout autrement dans les parties chantées de la trasrédie. léh, il arrivo qu'entre une strophe et son antistrophe le poMo intercale un autre groupe lyrique, quelquefois nu^mo plusieurs groupes et de diverse nature. Si ces ^riMipos ;\ lour tour s'entremêlent savamment entre eux, ou con\:oit que les combinaisons les plus

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