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FORMATION DU GÉNIE ATTIQUE 5

plus étroite ; dans cette oligarchie, la force du peuple a grandi secrètement. Sous ses rois, ses archontes à vie, ses archontes décennaux, puis annuels, Athènes s*est pré- parée à sa liberté future par cette éducation aristocra- tique qui est peut-être nécessaire aux bonnes démo- craties. A travers cette longue enfance, elle a appris à respecter et à obéir ; elle s'est fait à elle-même, dans ses bourgs et ses sanctuaires de villages, une discipline mo- rale et intellectuelle, qui, plus tard, en plein essor démo- cratique, lui fut bienfaisante, tant qu'elle dura. Sous ce régime, le peuple eut souvent à souffrir ; mais il ne souffrit jamais sans espoir, comme l'hilote lacédémonien. Ses maîtres n'étaient pas des vainqueurs éternellement organisés en corps d'armée. On apprit de bonne heure en Attique à réclamer, à négocier, à céder : toute la vie politique consiste en cela. La législation de Solon fut une sorte de traité entre les parties, réglant les concessions mutuelles. Pour qu'elle ait été possible, il a fallu que le sens pratique, Tesprit de mesure et d*à propos, opposé à toute intransigeance, fût de longue date développé parmi ces gens qui se querellaient sans cesse.

On voit déjà, par ce simple aperçu des origines, de quelles qualités était faite l'âme attique, quand elle sortit de l'enfance. Le vi® siècle, celui de Solon et de Pisistrate, a, dans son histoire, une importance, qui se révèle chaque jour de mieux en mieux. Athènes n'est pas encore, à pro- prement parler, un centre littéraire ni artistique; mais elle tend à le devenir. Déjà la poésie de Solon nous est apparue comme la première et intéressante manifesta- tion d'un génie demeuré latent jusque-là*. Ces élégies et ces iambes, où il parle des choses du jour avec une grâce piquante, cette fine sagesse, ce bon sens alerte, cette ima- gination vive, ingénieuse, parfois brillante, cette langue,

1. Tome II, p. 117 et suiv.

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