Page:Croiset - Histoire de la littérature grecque, t3.djvu/172

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


160 CHAPITRE IV. — LA TRAGÉDIE ET SES LOIS

et rinstinct, le probable et l'inconnu, le calcul et le ha- sard, sujets de réflexions inOnies. De même d'ailleurs que la fréquentation d'une bonne société affine l'esprit, donne aux sentiments plus de délicatesse et au jugement plus d'acuité, de même la fréquentation de ces êtres fictifs, créés par des esprits supérieurs à leur propre ressem- blance, familiarisait le public athénien avec tout un or- dre de pensées élevées, de dispositions généreuses, d'é- motions nobles et rares, que la vie de tous les jours ne lui aurait pas fait connaître. Par là, elle rendait à la cul- ture intellectuelle et morale un service dont la valeur ne peut être exagérée. Les grands esprits eux-mêmes étaient frappés de cette « sagesse » de la tragédie, qui produi- sait de si ingénieuses combinaisons, qui révélait si bien la nature humaine, qui exprimait en si belles sentences tant de pensées utiles et instructives *. Et en fait, cha- cun, en sortant du spectacle, emportait avec lui toute une provision de souvenirs utiles. On venait de vivre pendant quelques heures d'une vie plus haute, plus ins- tructive et plus lumineuse, qui ne pouvait manquer de se refléter longtemps sur les actions et les paroles quoti- diennes.

Malgré cela, la tragédie a été vivement critiquée. Elle l'a été par les poètes comiques et par les philosophes. Les poètes comiques, à vrai dire, ne se sont pas attaqués au genre lui-même, mais à quelques-uns de ses représen- tants, à Euripide surtout. Nous aurons donc lieu de par- ler ailleurs de leurs critiques. Fussent-elles justes dans telle ou telle application particulière, elles avaient tout au moins le tort de s'en prendre à des détails et de mé- connaître l'influence totale des grandes œuvres, si heu- reuse et si féconde alors même qu'elle n'était pas entiè- rement pure. Quant aux philosophes, il faut bien le dire,

1. Platon, RépubL VIII, 18 : OOx èrbç y) Te xpciyt^lia fiXcoc ooçbv doxet tlvai.

�� �