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STRUCTURE DE SES PIÈGES 193

augmenter la pompe théâtrale *. Il cherchait à rappro- cher le spectacle réel de celui qu'il avait dans Tesprit. La petitesse humaine le gênait dans son rêve grandiose : il essayait de la draper le plus largement possible, pour qu'elle parût moins disproportionnée à sa poésie.

Les données épiques fournissaient au poète tragique les événements principaux de ses drames et par censé* quent aussi l'ordre et la liaison de ces événements. Pres- que toutes les tragédies d'Eschyle, autant que nous pou- vons en juger, sont en effet tirées du fond épique, et il ne semble pas qu'il se soit permis en général d'altérer gravement les traditions ni d'y substituer des récits divergents. Mais s'il accepte la légende telle qu'elle est, il ne lui demande guère, pour chaque tragédie, que les choses essentielles. Quant aux circonstances accessoires dont il a besoin pour constituer son drame, c'est lui qui les invente librement. Par cette invention, il se propose surtout de rendre très sensible la conception générale qui le domine. Les péripéties, les coups de théâtre sont inutiles pour un tel dessein. Moins le drame est agité, plus il laisse apercevoir clairement sa pensée intime.

Cette pensée est toujours présente dans la situation initiale, mais il est rare qu'elle y apparaisse clairement. Eschyle aime à saisir les esprits dès le début, à la fois par la force de l'impression présente et par l'incertitude de l'avenir. On sent, dès que ses pièces commencent, que quelque chose de grand ou de terrible va se passer, mais ce quelque chose n'est qu'entrevu plus ou moins confu- sément dans une sorte de mystère. De là probablement, le reproche que l'Euripide des Grenouilles adresseh son glo- rieux prédécesseur : il le blâme d'être obscur dans ses

��1. Vie anonyme : Kal tyjv o^J/tv tûv ôewfjilvwv xatéTcXiri^e t/j XapiTcpôtiriTt. Voir tout le passage.

Hist. de la Litt. grecque. — T. III. 13

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