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214 CHAPITRE V. — ESCHYLE

de ses chants lyriques comme dans la structure de ses trilogies.

A côté des parties descriptives, Télément pathétique : plaintes, mouvements tumultueux de Tâme, passions ar- dentes, angoisses. De tous ces troubles intérieurs, les plus violents sont en général ceux qui conviennent le mieux au lyrisme d'Eschyle. La douleur simple, qui n'est mélangée ni de haine, ni du désir de la vengeance, est en quelque sorte trop féminine pour son génie. Lorsqu'il nous montre, dans les Sept, Antigono et Ismène pleurant leurs frères morts, nous sommes émus sans doute; et toutefois^ par la concision symétrique de leurs plaintes, par la brusquerie des antithèses, par une sorte d'âpreté dans le ton général, toute la scène nous étreint le cœur plutôt qu'elle ne nous touche. Et, à la fin des Perses, quand Xerxès, vaincu et désespéré, paraît sur le théâtre pour mêler ses lamentations à celles des vieillards du chœur, n'en est-il pas à peu près de même? Voici de nouveau la grande énumération lyrique, si familière à Eschyle. Dans la bouche des vieillards, toujours la même ques- tion, douloureuse et impitoyable: « Qu as-tu fait, ô roi, de tes compagnons fidèles? Qu*as-tu fait de Pharan- dacès et de Pélagon ? Qu'as-tu fait de Memphis et de Ma- sistras? Qu'as-tu fait de ceux qui commandaient sous toi? Où les as-tu laissés? » Et, dans la bouche du roi, toujours le même aveu, qui semble déchirer le cœur d'où il s'échappe : « Morts et abandonnés sur les rochers de Salamine ; battus des vagues et jetés aux rivages de TAttique. » Dialogue admirable, dont l'effet théâtral est aisé à imaginer. Mais qui ne sent qu'ici encore la gran- deur même de la conception donne au pathétique une sorte de violence? Cette plainte est la plus terrible des accusations; nous avons le sentiment d'une vengeance divine qui s'accomplit, et ce sentiment nous remplit d'effroi bien plus que de pitié. Dans les Suppliantes même,

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