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220 CHAPITRE V. — ESCHYLE

tinct de poète et de musicien. Ce qu'il leur demande d'abord, c'est de ne pas ressembler au parler commun; il faut, pour lui convenir, qu'ils aient grand air *; en- suite, qu'ils associent une idée ou une sensation forte à un son large et plein. Aristophane les appelait en riant « des mois à cheval » (py;[7.aO' iTrTroêàjAovx)^, ce qui ne l'em- pêchait pas de les admirer. Et rien n'est plus justifié que cette admiration ; car les grands mots sont malaisés à ma- nier. Vides de sens, ils sont ridicules; et soutenus par la pensée seule, ils sont au moins disproportionnés. Pour qu'on les juge appropriés, il faut qu'ils soient non seule- ment pleins de sens, mais pleins de passion et d'enthou- siasme. Voilà justement le don d'Eschyle ^ En lui, la source poétique est si large, le flot si abondant et si fort"*, que nous sommes ravis de voir les idées et les images s'élever incessamment sous nos yeux en gerbes éblouis- santes et retomber avec une sorte de fracas.

��Tp'jtov. Beaucoup de ces composés sont devenus très obscurs de fort bonne heure. Voyez Choéphores» 343, veoxpaTa, compris par le premier scoliasle, mais étrangement traité par ses successeurs. — Eschyle a été parmi les poètes tragiques le plus grand inventeur de mots. Dinlorf {Lexic. JEschyleum, p. 404) exprime ainsi le résultat d'une comparaison faite à ce point de vue entre les trois grands tragiques grecs : Ex duobus hujusmodi indicibus statim intelligitur Euripi- dem, qui communi aelatis suœ lingua atticorum utebatur, perpauca ipsum invenisse vocabula, paullo plura Sophoclem, longe plurima iEschylum, cujus vel in septem quœ supersunt fabulis perditarum- que fragiTientis centena reperiuntur vocabula nusquam alibi lecta, et haud dubie millena lecta fuerunt in fabulis plus quam sexaginta qu.e perierunt. — Cf. Todt, De Mschylo vocabulorum inventore, Halle, 1855.

1. C'est ce que l'Euripide d'Aristophane fait entendre ironique- ment par l'expression injurieuse xoimàdixata {Gren., 940).

2. Grenouilles, 821 : pr,(jLa6' îuuoêaiiova. Ibid., 924, prJiiaTa p6sia... — ôppû; ^^/ovxa xai Xoço'jç, osîv' atta (lopfiopwTcà, — à'^ytlùXOL toi; ôecofiévoiç- Et encore, 929 : p-i^ixaG' luuoxpTfifiva — a ÇyfiêaXsïv où pa8cov r(^,

3. Grenouilles, 1059 : àvdcYXTj — [xeyaXtov yvwikov xal 6iavoi(Ji>v îa« xal Ta pTifiara tcxteiv.

4. Grenouilles, 825 : Y-rj^sveï ^vo-rijjiaTi.

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