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222 CHAPITRE V. — ESCHYLE

du savoir-faire encore absente de celle d'Eschyle : aura- t-ell<s malgré sa force, la même puissance et la même originalité?

IX

Ces dons variés ont fait d'Eschylo la plus grande 6gure de poète du V® siècle. Dans l'histoire de la poésie grecque, son œuvre se place immédiatement au dessous do celle d'Homère. 11 a créé la tragédie, comme l'auteur deVI/iade avait créé l'épopée. Ses chefs-d'œuvre, en s'imposant à l'admiration de ses contemporains, firent oublier tout ce qui avait précédé et déterminèrent tout ce qui parut en- suite. Pendant plus d'un siècle, on les reprit sur la scène d'Athènes *. Ses grands successeurs, Sophocle et Euripide, modifièrent bien certains aspects de son art, mais, dans ses grands traits, la tragédie grecque resta ce qu'il Tavait faite. L'imagination athénienne l'avait vue ap- paraître tout à coup, grâce à lui, si grande et si belle, qu'elle ne pouvait plus la concevoir autrement. Cet empire d'Eschyle est particulièrement curieux à observer chez Euripide, dont le génie est si difl'érent. Malgré lui, le poète novateur revient sans cesse aux exemples du maître. 11 le critique, et pourtant il l'imite ; il essaie de se révolter, et il retombe sous sa domination. Au iv^ siècle, il est vrai, la popularité d'Eschyle semble diminuer ; on ne joue plus ses pièces que rarement; mais alors même, aucune grande innovation ne se produit en dehors de la tradition qu'il a fondée. Plus tard, quand un certain goût d'archaïsme se mêle à toutes les tentatives de l'art, on revient à lui. Callimaquelui emprunte des expres- sions, Lycophron s'inspire de sa pensée. Par les Alexan-

1. Vie anonyme : *A6Y)vaîoi 6e todouTOv f|Ya7rY|aav AîcxyXov à; ^r^<ç[* cacOai {xSTot Oavatov aùroO xbv pouXdjxsvov Siôàcxetv xà AlffxyXov x^P^^ Xapigàvccv. Cf. Quintilien, X, 1, 66.

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