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14 CHAPITRE !•'. — PRIMAUTÉ D'ATHÈNES

ment dans celui d'Aristote. Au génie créateur qui avait fait le drame et qui remplissait encore Thistoire d'Héro- dote, succède un génie observateur et raisonneur, qui est éminemment celui de la prose. L'idéal intellectuel de cette société, c'est moins d'élever son âme par de grandes idées, que de s'instruire et de se satisfaire par des notions justes. Elle goûte eu tout l'observation. Elle aime qu'on lui mette sous les yeux la vie humaine telle qu'elle est, les faits de l'histoire, ceux de la conscience, ceux de la nature. Elle apprécie les analyses de sentiments, la pein- ture exacte des mœurs, la description du monde et de ses phénomènes. Le raisonnement aussi lui plaît; car il mène à la réalité cachée, il met en évidence ce qu'on ne voit pas, il complète l'observation. Les historiens, les ora- teurs et les philosophes sont vraiment les hommes de ce temps. Tous appliquent leur esprit aux faits. Ils les expo- sent, ils les font comprendre, ils en développent les con- séquences ou en montrent la liaison. C'est ce qu'il faut à ce siècle curieux et positif.

Toutefois son réalisme est encore, plus qu'il ne le croit, sous l'influence de la poésie du siècle précédent. Celle-ci bien que refoulée, reste au fond des âmes, qu'elle a péné- trées, et les préserve delà sécheresse. Elle est pour beau- coup dans le charme des prosateurs de ce temps. Elle leur suggère, non seulement le rythme et l'harmonie du langage, mais la hardiesse, la grâce, l'image heureuse, le sentiment. Il est à remarquer d'ailleurs que, si l'imagi- nation n'a plus le même essor, si l'âme athénienne n'est plus aussi capable d'élan et d'enthousiasme, sa sensibi- lité, moins vive peut-être, est en revanche plus large et plus délicate. Cela est visible dans les arts plastiques. L'idéal de Scopas et de Praxitèle n'a plus la grandeur sereine de celui de Phidias, mais il est moins spécial à un peuple. Ce qui les tente l'un et l'autre, c'est la grâce, la jeunesse, le mouvement vif et juste, choses générales en

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