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212 CHAPITRE VI. — SOPHOCLE

longées et s'attachant avec passion aux images d'où rayonne l'espérance suprême :

« G roi lycien, que de la corde d'or de ton arc — puissent ces traits qui ne sont qu'à toi, ces traits que rien n'arrête, voler au loin, — traits de guérison et de salut I et viennent avec eux ces llambleaux divins, — ces brandons éclatants d'Arténiis, qu'elle agite, bondissante, — dans la montagne de Lycie. — Et celui qui porte la tiare d*or, je l'appelle aussi, — lui qui aie même nom que celte terre, — Bacchusau front em- pourpré, dieu d'évohé, — pour qu'abandonnant son cortège de ménades, — il apparaisse dans la lueur — toute resplen- dissante — des torches de pins, chassant le dieu cruel, abo- minable à tous les dieux. »

Dans beaucoup de stasima de Sophocle, la grandeur de la pensée ajoute au charme naturel de sa poésie ly- rique un autre genre de beauté. Une idée générale, lim- pide et simple, mais très haute et très large, qui naît des événements mêmes du drame, apparaît tout à coup en pleine lumière, et s'y déploie magnifiquement dans les strophes du chœur comme les circuits d'un fil d'or dans un tissu aux belles nuances. Dans Anligone^ quand la violation du décret récent vient d être dénoncée à Créon sans que Tauteur en soit encore connu, le chœur se met à chanter, non sans un certain effroi religieux, l'audace de l'homme. Il le montre, avec une merveil- leuse richesse d'expressions, conquérant les mers et les traversant « sous le grondement des flots amoncelés », domptant la terre infatigable qu'il assujettit « au cycle des labours, renaissants d'année en année », soumettant à ses volontés les animaux de l'air et des eaux, ceux des forets et des champs, assurant enfin sa vie contre la du- reté des éléments, fondant les villes, fier de sa parole et de sa pensée, mais impuissant contre la mort. En quatre strophes, pleines d'un élan superbe et d'une grave phi- losophie, toutes les victoires de l'humanité passent ainsi

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