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27G CHAPITRE VI. — SOPHOCLE

sorte (le gémissement tumultueux et prolongé : des plirases à peine faites, où les mots se pressent, entre- coupés; des sensations poignantes qui peu à peu se fixent dans un sentiment désespéré.

« QiIdipe. nuage de ténèbres, que je ne peux dissiper, qui vient sur moi, qui m'épouvante, nuit profonde, qu'aucun soufile ne chassera jamais. Hélas ! hélas encore 1 quel aiguil- lon me déchire, souffrance et souvenir tout à la fois ?

» Le coryphée. Je comprends, en voyant de tels maux, cette double plainte qu'appelle une double soufifrance.

» Œdipe. Ah I une parole d'ami. Oui, toi, tu m'es attaché, tu me restes encore ; tu me supportes, moi> aveugle, et tu as pitié. Hélas t que je souffre I mais je sais qui tu es, je te re* connais dans la nuit qui m'environne, à ta voix du moins.

» Le coryphée. affreuse action I Comment t'est venu ce courage de te priver toi-même de la vue? Quel dieu t'a poussé à le faire?

» Œdipe. Apollon, ô mes amis, Apollon; c'est lui qui a fait en moi ce mal, ce mal affreux, et c'est moi qui en souffre. Quant au coup fatal, nul autre ne Ta porté que moi seul, ô misérable. A quoi bon voir encore, quand je n'avais plus rien il voir qui ne fût amer?

» Le coryphée. Cela est vrai, tu le dis toi-même.

» Œdipe. Où pourrais-je porter mes regards? où réjouir mon cœur? Quelle parole entendre encore avec plaisir, ô mes amis? Emmenez-moi bien loin d'ici le plus tôt possible, em- menez, amis, ce fléau vivant, cet homme de malédiction, le plus odieux à la divinité qui fut jamais.

» Le coryphée. Aussi digne de pitié par tes pensées que par tes souffrances mêmes, combien j'aurais voulu pour toi que tu ne fasses jamais né à la connaissance * I »

Ddius Ajax^dainsElect?*e,da.ns A?itigo7ie,àsLn8Philocièie, nous trouvons des dialogues lyriques dignes d'être rap- prochés de celui-là. La même force d'expression, la même puissance d'effets dans la même simplicité de moyens. En revanche, les monodies sont extrêmement rares dans

1. Œdipe roi, 1307.

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