Page:Croiset - Histoire de la littérature grecque, t3.djvu/323

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


SA CONCEPTION DU DRAME 311

De tout cela résulte un caractère qui ne peut manquer de frapper à première vue quiconque lit les tragédies d'Euripide. A chaque instant et de mille manières, le poète apparaît dans ses pièces sous le masque des per- sonnages. Nous les voyons tout à coup oublier leur con- dition fictive ou leur situation dramatique pour disserter ; des gens du peuple, des esclaves, des femmes parlent en philosophes ; des héros qui devraient gémir ou s'em- porter font des réflexions générales ou des satires mor- dantes dont la finesse ingénieuse né peut dissimuler Tin- convenance. L'illusion dramatique disparaît ainsi brus- quement, et parfois au moment où elle serait le plus nécessaire.

IV

Une nature de poète aussi capricieuse no pouvait pro- duire un système dramatique bien arrêté. Ne cherchons donc pas dans le théâtre d'Euripide ce que nous avons trouvé dans celui de Sophocle, un type de tragédie, tou- jours le même malgré la variété des sujets. Sophocle imposait aux légendes épiques en les mettant sur la scène la forme générale qu'il avait une fois pour toutes conçue comme la meilleure. Euripide n'a rien à imposer, car il n'a pas de méthode fixe. Il n'apporte dans le tra- vail préliminaire par lequel il organise ses drames que des instincts peu à peu transformés en habitudes, et, selon qu'il est ému ou iqspiré, il construit sa tragédie. Tout ce qu'on peut se proposer, quand on Tétudie à ce point de vue, c'est de montrer à quelles tendances il obéit le plus souvent.

Sophocle, ce semble, cherchait d'abord Tunité du drame, et il n'y introduisait la variété qu'au fur et à mesure, en développant l'idée tragique; Euripide procède précisé- ment à l'inverse. Son imagination mobile, sa sensibilité

�� �