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LES AFFECTIONS NATURELLES 327

et des reines, des fils et des filles de grande race; mais, au lieu de les représenter sous l'aspect qui les distingue de la foule, elle les fait voir de préférence sous celui qui les en rapproche.

Gardons-nous toutefois d'exagérer. Ce qui fait le charme et la beauté de l'art d'Euripide, c'est que, tout en se rap- prochant ainsi de la vie commune, il évite le plus sou- vent la vulgarité. Quand sa délicatesse instinctive l'a- vertit, comme cela a lieu dans un si grand nombre de belles scènes, nul n'est plus habile que lui à ménager les nuan- ces. A défaut de la haute supériorité morale des person- nages de Sophocle, il y a chez ceux d'Euripide une sorte de noblesse native, qui prend diverses formes selon les circonstances. Hécube, Jocaste, Andromaque, dans l'ex- pansion ardente de leur tendresse maternelle, ressem* blent à toutes les mères; aucune d'elles n'est très élevée au dessus des femmes ordinaires par l'ensemble de son caractère^ et l'amour qu'elles ont pour leurs enfants n'est associé à aucun sentiment rare ni à aucune volonté vrai- ment héroïque; et pourtant leur affection n'est point ba- nale. Quand Hécube se jette aux pieds d'Ulysse pour obtenir la grâce de Polyxène, dans l'effusion même de sa douleur et dans l'humiliation de sa prière, elle a une dignité qui révèle la reine déchue; c'est une mère avant tout, mais ce n'est pas une mère quelconque.

w N'arrachez pas mon enfant de mes bras, no la tuez pas; il y a eu déjà bien assez de morts. En elle seule est ma joie et roubli de mes maux; suppléant ceux que j'ai perdus, elle est ma patrie, la nourrice de ma vieillesse, le bàlon qui guide me^ pas. Non, le vainqueur même ne doit pas dépasser les droits de la victoire, les heureux iie doivent pas croire qu'ils le se- ront toujours. Moi aussi je fus heureuse autrefois, et mainte- nant je ne le suis plus : tout mon bonheur, un seul jour me l'a enlevé. Oh! par ce menton que je touche en amie, aie quel- que égard pour moi, aie pitié I Va trouver ces soldats achéens et dio-leur qu'il est odieux de tuer des femmes,. quaijd.^.a.pre-

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