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330 GUAPITRE VII. — EURIPIDE

révèle par une sorte de surprise admirable les ressour- ces secrètes de la nature humaine, elle découvre sa force dans sa faiblesse même. Voilà ce qu'il ne faut pas oublier en comparant Tidéal des deux poètes. Si l'humanité qu'a représentée Euripide a moins de constance, elle y supplée dans une certaine mesure par des élans inattendus. La source des sentiments généreux jaillit en elle de moins haut, mais elle n'est pour cela ni moins abondante ni moins profonde.

VI

En même temps que poète, Euripide était observa- teur. 11 Tctait peut-être trop pour un poète tragique. La tragédie doit se faire, ce semble, par intuition ; on la U'ouvo en soi-même, quand on est doué du génie nécessaire. C'est au poète comique qu'il appartient d'observer : on ne crée pas le ridicule vrai, comme on crée des passions ou des affections; il faut le prendre sur le fait, l'étudier, en garder l'image nette dans son esprit. Euripide a su faire tout cela, et c'est pourquoi, tout en ne composant que des tragédies, il a été à son insu le père de la comé- die nouvelle.

La société contemporaine fut pour lui un objet d'atten- tion constante; il aimait à y considérer les hommes dans leur milieu social et domestique, dans la recherche de leurs intérêts ou de leurs plaisirs ; honnêtes ou malhon* nêtes dans la mesure ordinaire, c'est à dire avec des de- grés infinis, selon les circonstances. Dans cette observa* tion,il lui était impossible de n'être qu'observateur. Très épris du bien, il souffrait du mal, et d'autant plus qu'il le voyait mieux; delà une certaine irritation, qui faisait de lui un censeur quelque peu prévenu.

L'influence de la profession sur l'homme est une des choses qui semblent l'avoir le plus frappé,— et tt l'a

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