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L'OBSERVATION 335

tellectuelles qui frappaient les observateurs; che2 d'autres, la finesse native de l'intelligence se tournait en dissimu- lation et en dangereux enfantillages: elles devenaient ar- tificieuses, elles avaient des défauts d'écoliers, le goût des cachotteries, des intrigues, des relations clandestines, des commérages, des petits complots domestiques. Qu'on y regardeavec quelque attention, et l'on reconnaîtra qu'Eu- ripide n'a pas dit autre chose. Ce sont là les défauts qu'il note sans cesse, parce que les sujets tragiques lui en of- frent sans cesse l'occasion. Hippolyte est son interprète dans le morceau célèbre où il exprime son aversion pour le sexe féminin *. Les femmes elles-mêmes dans ses piè- ces se jugent sévèrement. Au fond de toutes ces critiques, il y a moins de malignité que de tristesse. Euripide n'a pas su dé{n^l^r la grande part des institutions et des usages de son pays dans les faits qui frappaient ses regards. 11 a cru sincèrement à une sorte d'infériorité morale de la femme, infériorité dont il s'est affligé en philosophe comme d'une des misères nécessaires de la vie hu- maine.

Quoi qu'il en soit d'ailleurs, cette représentation fine 'et vive des choses du jour, cet esprit d'observation et ce réalisme spirituel étaient une nouveauté vraiment ori- ginale dans la littérature dramatique d'alors. Ce fut une suggestion très particulièrement féconde pour quelques- uns des meilleurs esprits du siècle suivant. Lorsque on se fut aperçu qu'il n'y avait pas de sujet plus intéressant ni plus nouveau à mettre sur la scène que les mœurs contemporaines, la comédie nouvelle fut créée. Euripide l'avait, pour ainsi dire, laissé entrevoir déjà par avance dans la tragédie, autant du moins que celle-ci pouvait s y prêter, — peut-être même un peu davantage.

1. Hippolyte^ 616.

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