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33't CHAPITRE VII. — EURIPIDE

ce qu'il a fait et le justifie. On sent en Técoutant que le poète a pris quelque plaisir à représenter dans leur vé- rité ces sentiinenls d'une nature vulgaire. Phérôs n'est pas un personnage sacrifié ; il a de rautorîté : il parle haut, il est persuadé du droit qu'il a de n'être pas héroï- que, et il le maintient énorgiquement, « en alléguant la coutume ». Cela confond toutes nos idées sur la tragé- die et oblige les commentateurs à chercher pour le poète toutes sortes d'excuses : il suffit de le comprendre. La vraie raison de ces disparates, c'est l'influence de la réa- lité contemporaine sur son esprit.

Dans sa prétendue haine des femmes, il n'y a peut- élre pas autre chose. Lorsque Euripide mettait en scène une héroïne de la légende, une Phèdre ou une Sthé- nébée, il se la représentait, quoi qu'il fît, sous les traits d'une Athénienne de son temps, et il ramenait, sans en avoir bien conscience, la violence des grandes passions légendaires à la mesure des désordres privés et de Tin- conduite vulgaire. Il en résultait qu'en voulant expliquer les sentiments des femmes de la tragédie, il en venait sans cesse à étudier et à juger les défauts des femmes de son temps. Dans cette étude, il était impossible qu'un esprit aussi vif et aussi clairvoyant ne fût pas frappé do bien des choses fâcheuses. La femme athénienne au v* siècle était une sorte de recluse. On la tenait dans une en- fance perpétuelle ; elle était inoccupée et on se défiait d'elle : double mal, dont les conséquences se faisaient sentir de mille manières. Elle n'avait pour remplir sa vie rien d'élevé ni d'agréable, ni l'éducation de ses enfants, qu'on lui enlevait de bonne heure, ni la participation aux idées et aux soucis de son mari, ni la lecture, ni les relations de société, ni la faculté d'aller et de venir librement, ni même une religion qui fît appel à la délicatesse naturelle de son sens moral. Dans ces conditions, les meilleures tombaient dans une sorte d'insignifiance et d'infériorité in-

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