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LE POÈTE LYRIQUE 341

avant de se mettre au lit. Et soudain, le chant des Grecs éclate; elle fuit « à peine vêtue, comme une vierge do- rienne »; elle est prise, elle voit massacrer tous les siens, on l'emmène. Le drame se mêle ainsi à Télégie, la haute poésie à la description curieuse et coquette.

On comprend aisément que ces chants capricieux, sans motif profond, devaient avoir une tendance à dégénérer en jolis bavardages ^ Il y en a un certain nombre dans le théâtre d'Euripide qui ne sont pas autre chose. Volon- tiers, il met en scène la curiosité vaine et le babillage léger qu'il attribue aux femmes, et cela devient pour lui un prétexte de poésie lyrique. Sa parodos AUphigénie à Aiilis nous montre des jeunes filles d'Aulis attirées dans le camp des Grecs par le désir de voir; et tout leur chant n'est qu'une description de ce qu'elles ont observé en cu- rieuses pour venir jusqu'à la tente d'Agamemnon ^. Les compagnes de Creuse dans /on vont de tableau en tableau à travers le temple de Delphes, émerveillées et multi- pliant les questions ^ Dans Bippolyte, les femmes deTré- zène arrivent au palais de Phèdre en rapportant les bruits qui courent, ce qui se dit à la fontaine et au lavoir, ce que l'on suppose et ce que l'on répète ^. Ces propos ne sont pas sans grâce, ni surtout sans esprit. Mais on ne peut nier que ce ne soit une grâce un peu enfantine, qui est très proche de l'abus.

Et en fait cet abus se produit plus d'une fois. La pen- sée étant peu de chose dans ces chants, il est naturel que la parole y devienne trop souvent un simple soutien de la mélodie. Il y a mainte composition lyrique chez Euri-

1. Aristoph., Grenouilles^ 4309 et suiv. La parodie cl*Aristophane est du pur galimatias, mais il faut avouer que ce galimatias offre une ressemblance très plaisante avec certaines descriptions lyriques d'Eu- ripide.

2. Iphigénie à Aulis, 164 et suiv.

3. Ion, 184.

4. Hippolyte, 121 et suiv.

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