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DÉCLIN DE L'ART TRAGIQUE 373

mythes ; aujourd'hui, il n'y a de boHes tragédies que celles qui se rapportent à quelques familles, par exemple à Alcméon, à Œdipe, à Oreste, à Mélcagre, h Thyeste, à Télèphe, et à quelques autres, dont les actions ou les souffrances sont particulièrement pathétiques K » Voilà d'étroites et dures conditions. Après Eschyle, après So- phocle, après Euripide, après d'autres encore, sous quel aspect nouveau présenter le caractère d'OEdipe ? Tout ce que son rôle comportait de sentiments naturels, vraiment intéressants et humains, est épuisé. Que reste-t-il à faire ?

Ce qu'on fit, Aristote encore nous l'apprend. On renonça de plus en plus à représenter des caractères. « Dans les pièces de la plupart des poètes modernes, écrit-il, les mœurs ne sont rien^ » Donc, vers le temps d'Alexandre, c'est là un fait acquis. On met sur la scène les mômes aven- tures tragiques qu'autrefois, toujours les mêmes, mais on ne cherche plus à créer des personnages ayant chacun leur physionomie propre. Les sentiments généraux de l'humanité suffisent : on représente une mère, une fille, une sœur, on ne sait plus ou on ne veut plus peindre une Ilécube, une Iphigénie, une Electre. Cela revient à dire qu'il n'y a plus de conception profonde et méditée. On fait de la tragédie facile, d'après le goût du jour : cela est agréable, élégant, touchant même, mais sans origi- nalité.

Et dès que le langage de ces héros de tragédie ne résulte plus d'une étude attentive de leur rôle, il devient un lan- gage d'école. «Autrefois les poètes faisaient parler leurs personnages en citoyens ; de nos jours, on les fait parler en rhéteurs ^ » Voilà ce qu'écrit un contemporain, et ce

1. Aristote, Poétique, c. i3.

2. Aristote, Poétique, c. C : At yocp tûv véwv twv irXîca-xwv ài^Oei; xpa- Y(i)8tai et<Tt.

3. Aristote, Poétique, c. G : 01 piev yàp àpyjxïoi Tio>.tTix(ô; èirotouv >i- yovTaç, oî 6è vOv prjToptxwç.

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