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28 CHAPITRE II. — ORIGINES DE LA TRAGÉDIE

peut appeler l'essence de la tragédie, et ce que contenait cette religion étrange, si pleine de trouble et si puis- sante.

Les cultes des héros, partout répandus en Grèce, pré- sentaient quelques-uns des mêmes caractères. S'ils n'a- vaient pas au même degré l'exaltation, ils y suppléaient par le patriotisme local. Les héros, c'étaient en effet les divinités particulières des villes ou des régions. On les honorait à titre d'ancêtres ou de protecteurs, moins éloi- gnés de la condition humaine que les dieux proprement dits et par là même plus familièrement aimés. Leurs légendes étaient celles qui avaient autrefois rempli l'épo- pée; mais il semble que, dans les cultes locaux, elles devaient prendre, sans se modifier essentiellement, une forme particulière. Ils y étaient isolés et par conséquent agrandis. Leur physionomie gagnait à cela quelque chose de plus idéal, et aussi de plus conforme au type du pays. Ils devenaient, ainsi conçus, les patrons, et, pour mieux dire, les saints de la localité. Chose plus digne d'attention encore, leurs fêtes étant essentiellement religieuses, les récits qui les concernaient, de profanes qu'ils étaient dans l'épopée, devenaient religieux, eux aussi. Par suite, toutes les idées qui font partie nécessairement de la religion acquéraient dans ces récits une importance nouvelle. On y considérait l'homme dans ses rapports avec les dieux, conduit ou égaré par eux, subissant leurs lois, quelque- fois merveilleusement protégé par leur bienveillance et quelquefois au contraire poussé sans s'en douter aux dernières catastrophes. Ce que nous avons remarqué des fêtes de Dionysos se réalisait également dans celles-ci. On y avait sous les yeux des spectacles variés, très dra- matiques par eux-mêmes, et dans ces spectacles une foule d'idées philosophiques apparaissaient à travers le mys- tère de la rehgion.

Quelques-unes de ces fêtes de héros nous sont partîcu-

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