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FORMES PRIMITIVES DU SENTIMENT TRAGIQUE 29

lièrement connues, et cela justement dans cette période de temps, où se prépare la naissance de la tragédie.

A Sicyone, vers le commencement du vi® siècle, nous voyons célébrer le culte du héros argien Adraste, chef de la première expédition contre Thèbes. Au milieu de Pa- gora, se dressait un héroon ou sanctuaire, qui lui était con- sacré. On offrait là des sacriGces annuels, et des chœurs chantaient « les souffrances » du héros. Ces souffrances, nous les connaissons. C'étaient la guerre de Thèbes,la mort de tous les compagnons d' Adraste, la destruction de son armée, sa fuite, ses tentatives pour obtenir la sépulture des siens, sa vieillesse désolée. Véritable drame que l'é- popée avait déroulé autrefois avec ampleur, et qui se resserrait maintenant dans ces chants en quelques scènes choisies, pleines de terreur religieuse et d'exaltation. Le peuple en était fortement ému. A un certain moment, Si- cyone étant en guerre avec Argos, le tyran Clisthène vit un danger dans ces fêtes où ses sujets se passion- naient pour un Argien. Il n'osa pas les supprimer, mais, dépouillant Adraste de ses honneurs, il les transféra à Dionysos ^ Attribution significative, qui montre bien la ressemblance intime du culte des héros avec le culte ba- chique.

Dans la grande Grèce et en Sicile, fêtes analogues. Diomède passait pour le premier colonisateur de l'Iapy- gie et de la Messapie. A Argyrippe, il avait un sanctuaire et des fêtes. A Métaponte, on Thonorait comme un dieu. Plus tard, à Thurii, on lui consacra des statues^. L'Italie méridionale était pleine de pareils souvenirs. Toute l'œu- vre de Stésichore, si nous la possédions, attesterait avec quelle ferveur, à la fois religieuse et patriotique, les Grecs d'Himère et d'autres villes siciliennes célébraient vers l'an 600 le souvenir de leurs héros. Dans les fêtes du

4. Hérodote, V, 67.

2. Schol. Pind. Ném, X, 12. [AristoteJ, Récits merveilleux, 109, 110.

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