Page:Croiset - Histoire de la littérature grecque, t3.djvu/459

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ÉPIGIIARME 447

« A. On sacrifie, puis on dîne; après le dîner, on boit. — B. Voilà une bien jolie fête, à mon gré. — A. Après boire, on chante; après les chansons, on se dispute; après la dispute, - on plaide ; après la plaidoirie, on est condamné, et après la condamnation, la prison, les fers aux pieds et Pamende^ »

Épicharme se sentait adroit à jouer avec les mots, et il aimait à faire preuve de cette adresse. Son esprit lin et précis prenait plaisir aux distinctions et aux antithè- ses. Quelques-unes sont fortes et frappantes : « Habile à parler, non tu ne Tes pas ; tu n'es qu'incapable de te taire ^. » D'autres sont vives, piquantes, mais d'une finesse trop dialectique peut-être : (( Tantôt j'étais au mi- lieu d'eux, tantôt à côté d^eux ^ » D'autres enfin sont de véritables jeux de mots, un peu puérils comme tous les jeux de mots ^. A cette finesse se joignaient des qualités supérieures qu'attestent les passages cités plus haut, la force d'une part et l'enjouement satirique de Taulre. Descriptions plaisantes, reparties vives, réflexions brè- ves et moqueuses ; l'entrain et la spontanéité partout ; quelque chose de libre, de dégagé, de toujours prêt, qui manifestait un esprit supérieur. Par là, Épicharme a ré- vélé à la Grèce la vraie nature de la comédie. Il a été le maître des grands Attiques, et quand Platon le mettait au-dessus d'eux à côté d'Homère, c'était justice. Mais cela ne veut pas dire qu'il les ait surpassés en ce qu'ils ont de propre et d'excellent. Autant que nous pouvons

1. Athénée, II, 36 G.

2. Aulu-Gelle, I, 15. Cf. Stobée, Florilegium, I, 14 : Où piETavosïv, àXXà irpovosïv ^py] xbv avSpa tov (joçov.

3. Démétrius, De elocidione, 24 : Toxa piév èv Tr,voi; âycriv ?jv, xdxa hl TzÔLp TTivocç èytov. Peut-être aussi, comme le fait observer Démétrius, n'était-ce là qu'une fausse antithèse, par laquelle Épicharme se mo- quait du procédé de l'école.

4. Par exemple les trois vers cités par Athénée II, 49 G, où il joue sur xptTcoyç, TcTpaTTOTjç et OlScirouç. Gf. aussi le fragment cité plus haut (p. 592, note 2) avec le jeu do mots sur o-yvexpIQr), 5i£xpt6r) et àwriv- Qsv, r,vQ£v.

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