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SON ESPRIT 461

qui s'exagère, en prévenant l'abus au moment où il de-

vient dangereux. On peut condamner tel ou tel poète comi-

[ que dans tel ou tel cas particulier, mais condamner la co- médie en général pour son attitude politique, c'est mécon- naître les nécessités mêmes de la nature humaine et la

- façon profonde dont le bien s'y lie au mal. Quant à l'ad- - miration de quelques-uns pour la longanimité du peu- ple athénien en face de satires qui l'atteignaient lui-même,

^ il y a tout lieu do craindre qu'elle ne soit naïve. Gardons- nous de supposer qu'à Athènes plus qu'ailleurs une multi- tude impatiente, mobile, tapageuse, s'il en fut, aurait laissé passer paisiblement, par je ne sais quel respect idéal pour la liberté, des moqueries qui l'auraient offensée. Des hommes ainsi faits, il n'y en a eu nulle part, pas plus en Grèce qu'en aucun autre pays. Si les Athéniens écou- taient et applaudissaient les poètes comiques, c'est qu'à tout prendre ceux-ci exprimaient en les faisant rire des , idées que la masse des spectateurs approuvait. Sans doute, il pouvait bien se faire que dans ses conclusions

- lointaines et sous-entendues, tel poète dépassât les idées de son public. Mais ces conclusions n'étaient pas enjeu ; c'était son secret à lui, que la postérité a peut être le tort de croire connaître, quand elle l'ignore; pour les contem- porains, il n'y avait là qu'une série de moqueries bien ve- nues, qui donnaient satisfaction à leur jugement intime ou à leur malignité, tout en les amusant prodigieusement.

Les arts contemporains, poésie, musique, sont encore un des objets familiers des moqueries de la comédie. Et, dans ce domaine aussi, toujours par les mêmes raisons, elle est l'amie du passé, le défenseur attitré des habitudes

- prises, s'appuyant sur le goût moyen pour faire rire de ceux ^ui cherchent du nouveau. Les audacieux qui changent la vieille musique ou ceux qui sur le théâtre

renouvellent, comme Euripide et Agathon, l'antique tra- gédie, elle les tourne en dérision sans se lasser jamais.

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