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468 CHAPITRE XI. — COMÉDIE ANCIENNE

mitif ^ » Il est impossible de prendre cela au pied de la lettre ; car Aristote affirme qu'on ne savait pas au juste qui avait fixé le nombre des acteurs comiques; quant aux censures, il est bien évident qu'elles tenaient à la na- ture même de la comédie et remontaient par conséquent jusqu'à ses origines. Ce témoignage ne prouve donc qu'une seule cbosc^ mais une chose d'importance : c'est que Cratinos fut le premier, grâce auquel la comédie ap- parut comme un genre constitué, ayant ses lois, ses ha* bitudes prises, assujetti à une forme à peu près cons- tante, et cela avec un air de liberté, de hardiesse et de grandeur qui fît oublier soudain tout ce qui avait précédé. D'autres poètes avant lui avaient usé de la raillerie ; mais celui-ci avait une façon de railler, qui était d'un mattre. « Cratinos, dit un critique ancien, marchant sur les tra- ces d'Archiloque, fut âpre dans ses invectives. La raillerie ne se dissimule pas chez lui, comme chez Aristophane, sous une grâce qui atténue la brutalité de la censure. Toute simple, sa critique s'avance, comme on dit, à front découvert contre les malhonnêtes gens^. » La nouveauté était là, dans le génie de l'auteur et non dans la nature des attaques. Nul encore n'avait frappé si rudement, avec une si fière conscience de sa valeur personnelle et une si haute intelligence de son rôle. La comédie deve- nait une puissance, et elle le sentait.

Mais ce qui faisait sa force, ce n'était pas seulement la franchise de l'attaque, c'était aussi le mérite tout nouveau de l'invention. Cratinos était un vrai poète, d'un génie libre et féconde II excellait à trouver la forme dra-

1. Didot, Schol. gr. in Arisiophan., Prolegom. V.

2. Didot, Schol. graec. in Aristoph. Prolegom. II. Le même criti- que^ Platonios, dit un peu plus loin, dans le même morcean, icixp^c X^av, et il cite comme une chose connue « la vigueur de Cratinos», to ffçoSpbv Tou Kpaxcvo'J.

3. Didot, Sch. gi\ in. Aristoph,, Proleg. III : Féyove Sa noiTiTixe&fv*

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