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534 CHAPITRE XII. — ARISTOPHANE

dont ils jouissent. Mais c'est aussi la façon même dont Démos est représenté : il est le maître absolu, tout dépend de lui ; s'il se laisse tromper, c'est qu'il y trouve son compte ; s'il fait des sottises, c'est que cela lui plaît. Quand il voudra être sage, il le sera. Il y a donc un hom- mage dans cette critique, quand on va au fond des choses ; et, si l'on se tient à la surface, Texagération bouffonne fait passer la satire.

Dans les Nuées (423), c'est à l'éducation nouvelle qu'A- ristophane s'en prend, à la rhétorique en particulier. Toujours même méthode d'attaque, aussi droite, aussi ardente, une véritable charge à fond ; à défaut de har- diesse proprement dite, le même parti pris de satire in- transigeante, qui a pour principe d'assaillir l'adversaire en ce qu'il a de plus fort. La rhétorique est personniGée en Socrate, parce que, entre tous les dialecticiens du jour, Socrate était le plus habile, et, en tout cas, le plus connu. Elle est représentée comme une puissance re- doutable, car elle assure le succès à qui elle veut, contre toute raison et toute justice. C'est par là qu'elle fascine Strepsiade, paysan simple, laborieux, économe, qui se- rait honnête sans cette tentation, rendue irrésistible par les prodigalités de son fils. Outre la rhétorique, Socrate enseigne encore une foule d'autres belles choses, philo- sophie, mathématiques, astronomie, grammaire. Toute la science des sophistes est tournée en ridicule; mais c'est là un élément accessoire : le vrai objet de l'attaque, c'est l'art de tromper par la parole. Voilà pourquoi, en remaniant sa pièce, le poète a donné pour acolyte à So- crate le Discours injuste. La rhétorique détruit la notion même du bien et du mal, et c'est par là qu'elle se retourne contre ceux qui l'emploient. Phidippide pourra tenir tête aux créanciers de son père; en attendant, il se moque d'abord de lui, et il le frappe. L'habi- leté du poète consiste moins ici à représenter perûdement

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