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536 CHAPITRE XII. — ARISTOPHANE

elle n'a plus d'adversaires sérieux; il ne reste au poète qu'à la célébrer. Son Trygée escalade le ciel sur son es- carbot, dégage la déesse des liens qui la retiennent en- core, et, joyeux de la tranquillité reconquise, malgré les récriminations des marchands de lances et d'aigrettes, il épouse Opora, déesse de Tabondance rustique. Cela est gai, riant, tout animé par les chants des laboureurs, tout plein de la poésie de la campagne, et en somme la bonne humeur s'y substitue à la satire.

Sauf cette exception, les pièces de ce premier groupe ont, comme on le voit, un caractère militant qu'on ne saurait méconnaître. L'attaque y est franche et forte ; la fantaisie est au service de la satire, elle ne la domine ja- mais. Ce caractère s'atténue dans le second groupe, qui comprend aujourd'hui les Oiseaux^ Lysistrate^ les Fêtes de Démêler, Iqs GrenouiilesAl semble que, avec les années, l'esprit du poète se soit quelque peu détendu. 11 a moins d'âpreté, moins de raideur; il semble tenir moins à la cause qu'il plaide et se plaire davantage aux inventions comiques pour elles-mêmes.

Les Oiseaux (414) sont vraiment son chef-d'œuvre, et c'est aussi la pièce où se marquent le mieux ses dispo- sitions nouvelles. Plus de démonstration dominante, malgré les vaines et ennuyeuses interprétations tentées par un trop grand nombre de commentateurs. Deux Athé- niens, Pisétaire et Evelpide, sont las d'habiter une ville où Ton plaide du matin au soir; ils s'en vont trouver les oiseaux là où on les trouve, dans les taillis, dans les rochers, loin des habitations humaines. Convoqués par la huppe, — un ancien roi d'Athènes métamorphosé, — ceux-ci se rassemblent en piaillant; on se querelle d'a- bord, on s'accommode ensuite; l'amitié faite, on bâtit une ville dans les nuages, entre ciel et terre, et on l'appelle Néphélococcygie. Là on aura les hommes sous ses pieds et les dieux au dessus de sa tête; bonne situation pour

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