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550 CHAPITRE XII. — ABISTOPHiLNE

révèle mieux on lui rintelligence vive des conditions du théâtre. Reprenons la seconde partie des Achamiens. Trois groupes de scènes s'y succèdent, suggérés par la même idée; chacun de ces groupes est formé de deux scènes. D'abord le marché ; scène du Hégarien, scène da Béotien; la seconde supérieure à la première par l'idée bouffonne du sycophante mis en sac et vendu. Puis un autre groupe, deux petites scènes^ vives, enlevées, qui ont même sujet : Dicéopolis refusant ou donnant la paix à qui bon lui semble ; il la refuse au laboureur, et cela est à la fois gai et triste; il la refuse aussi au nou- veau marié; mais il l'accorde à la jeune femme, avec le moyen de s'en servir. Enfin dernier groupe ; double con- traste, en deux scènes encore, entre Dicéopolis et Lama- chos; — en premier lieu, les préparatifs : pour Lama- chos, préparatifs de guerre, pour Dicéopolis, préparatifs de cuisine ; la cuirasse d'un côté, la marmite de l'autre; — en second lieu, les conséquences : pour Lamachos, blessures et gémissements; pour Dicéopolis, bombance et tout ce qui s'ensuit; voilà Teffet final, qui est aussi le plus dramatique. Rien dans tout cela qui ne soit en scène et en action. Mais^ plus on va, plus Tinvention détache ridée et la rend sensible aux yeux comme à l'esprit. A ce type chacun peut rapporter sans peine d'autres pièces ou des parties de pièces. Là même où une action se déve- loppe et tend à son dénouement, cette progression par le spectacle, par l'évidence dramatique des choses, par leur valeur bouffonne, est peut-être encore la principale. N'est-ce pas un des mérites des Chevaliers par exemple, malgré la monotonie inévitable qui est inhérente au su- jet ? Les disputes entre les deux rivaux se renouvellent sans cesse ; comparez-les entre elles ; elles diffèrent peu par l'idée fondamentale, mais beaucoup par la mise en scène. Plus on approche du dénouement^ plus la rivalité se traduit en actes ; les adversaires vont et viennent,

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