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564 CHAPITRE XII. — ARISTOPHANE

quoique chose de la vie et des aspects de la nature. On ne peut douter qu'il ne Tait sentie et goûtée vivement. Chez cet homme qui semble n'avoir vécu que pour la ville, l'instinct de la campagne a dû être sincère et exquis. Qui peut lire sans le plus vif plaisir, dans les Oiseaux^ rappel si leste, si gracieux, que la huppe adresse à tra- vers les prairies et les forêts à tout le peuple ailé? Jusque dans l'habileté ingénieuse du versificateur, jusque dans l'harmonie imitative de ce refrain gai et perçant, tio, tio, tio^ tio^ jusque dans la légèreté chantante du rythme, il y a un sentiment fin et vrai. Mais ce qui fait le prix de ce morceau, c'est la précision poétique des termes, jointe à une sorte de largeur naturelle d'imagination ; mille dé- tails ressortent^ et pourtant nous avons la sensation de l'espace libre, de l'horizon lointain, d'où vont accourir les oiseaux, de ces paysages variés, bois, étangs, montagnes, rivages, prairies fraîches, que chaque vers évoque rapide- ment. C'est un lyrisme tout attique, un peu grêle peut- être, mais singulièrement vivant, d'une élégance aisée, qui se joue dans ses propres inventions, mais qui no s'y égare pas, un lyrisme léger, d'une prestesse et d'une agi- lité qui sont presque de l'essor :

��« Vite, vite, ici, ici, ici, ici, vous tous qui volez comme moi; ici, vous qui rôdez dans les bonnes terres des laboureurs, becquetant çà et là, peuplades nombreuses des mangeurs d'orge, race des pilleurs de grain, à l'aile vive, à la voix lé- gère; ici, vous qui, dans le sillon, sautillant de motte en motte, jetez doucement votre cri joyeux : tic, tio, — tio, tio, — tio, tio, — tio, tio; ici, hôtes familiers des jardins, perchés sur les rameaux du lierre, et vous, habitants de la montagne, qui pico- rez Tolive sauvage ou l'arbouse, accourez vite à mon appel ; trioto, trioto, totobrix ; ici, vous qui, dans les ravins maréca- geux, happez au vol le moustique si bien armé; ici, vous qui peuplez toutes les fraîches vallées de cette terre, et la riante prairie de Marathon; et toi, tout éclatant de vives couleurs, francolin, francolin; ici, tribus errantes, qui planez au dessus

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