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LE POÈTE LYRIQUE 563

quand j'étais petit ; — et le voici. — Il y avait une fois un jeune homme, qui s'appelait Mélanion ; — plutôt que de pren- dre femme, il s'en fut au désert; — dans la montagne il de- meurait. — Là, chassant aux lièvres — et tressant des filets, — il vivait avec son chien ; — et jamais plus, il ne revint à la maison, car il avait la haine au cœur. — Ah 1 qu'il détestait les femmes, — Mélanion I Et nous donc, tout autant que lui; — c'est la sagesse. >

A quoi le chœur des femmes répond du même ton :

« Et moi aussi, — je sais un conte que je veux vous dire ; mon héros vaut Mélanion, — car c'est ïimon. — Il errait, çà et là, dans les fourrés, -— dans les épines, en se couvrant le visage, — sombre fils des Erinnyes. — ... Il s'en était allé. Timon, — car il avait la haine au cœur, — maudissant les hommes méchants. — Et voilà — comment il vous détestait, — vauriens incorrigibles 1 — tandis que les femmes, ah 1 comme il les aimait ! ^ »

Dans ce genre de compositions, la comédie ne faisait sans doute qu'imiter de vieilles chansons populaires. Il en est ainsi encore lorsque, dans la même pièce, le chœur invite plaisamment le peuple à venir dîner chez lui, et, après une énumération des plus engageantes, termine en déclarant que la porte sera fermée ^, Le mérite d'inven- tion du poète est alors tout entier dans les détails ; le thème lui est donné, mais il le rajeunit par des variations brillantes et spirituelles.

Toutefois les morceaux lyriques où il montre le plus d'originalité ne sont pas les chants purement satiriques et moqueurs. Ce qui lui est propre, c'est le mélange d'une grâce descriptive très fine et délicate avec l'enjouement et les bouffonneries qui appartiennent à la comédie. Rien de charmant comme les passages oii il lui est permis de nous faire apercevoir, à travers les inventions plaisantes,

1. Lysistrate, 781 et suiv.

2. Lysistrate^ 1043 et suiv. Cf. 1188 et suiv.

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