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566 CHAPITRE XII. — ARISTOPHANE

baies virginales du myrte, blanches et savoureuses, et je pille les jardins des Grâces ^ »

Élargissons maintenant et agrandissons le rêve. Voici le chœur des Nuées qui chante son hymne matinal, ce salut merveilleux du nuage qui monte à l'univers qui se découvre :

« Nuées éternelles, élevons-nous dans les airs et déployons aux regards nos molles et vaporeuses ondulations. Du sein de rOcéan notre père, du milieu de ses flots retentissants, mon- tons vers les cimes élevées qu'ombragent les forêts. De là, nous verrons la terre sacrée qui nourrit les fruits, les fleuves divins aux flots bruyants, la mer qui mugit sourdement. Le soleil, œil toujours ouvert au fond de l'éther, brille de tous ses feux. Dégageons-nous de ces vapeurs humides qui nous en- veloppent, et, révélant nos formes immortelles, contemplons d'un regard infini toute la surface de la terre 2. »

Ainsi la haute poésie lyrique ne manque pas à ce poète bouffon. Il n*a qu'à laisser aller son imagination ; elle s'élève d'elle-même vers ces grandes et pures visions qui resplendissent dans une atmophère transparente et lumi- neuse.

À ces visions se mêle nécessairement un sentiment. On ne décrit pas ainsi les aspects de la nature sans y mettre quelque chose de soi. Toutefois il faut reconnaître que, chez Aristophane, cet élément personnel et intime est loin d'avoir la même force que Télément d'imagina- tion pure. Il nous donne l'impression flne des choses, mais on peut douter qu'il en fût d'ordinaire vraiment ému. C'était une nature rieuse et légère, avec quelque chose de mordant : il n'y avait en lui ni effusion ni tendresse de cœur d'aucune sorte. Lorsque ses Nuées nous décrivent Athènes en fête dans la joie bruyante des Dionysies, tout

1. Oiseaux, 1088 et suiv.

2. NuéeSy 275 et suiv.

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