Page:Croiset - Histoire de la littérature grecque, t3.djvu/615

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


les jours et presque de tous les âges, qui révèle en chacun de ceux qu’elle agite ce qui lui est propre, qui augmente le charme et l'ardeur de la jeunesse, qui rend la vieillesse quelquefois touchante et plus souvent ridicule, qui met en jeu mille intérêts domestiques, qui suscite projets sur projets, qui a besoin sans cosse d’expédients et d’intrigue, qui est plus agissante qu’aucune autre, et qui avec cela touche sans cesse au pathétique sans sortir des limites de la comédie, c’était bien là ce qu’il fallait aux poètes nouveaux. L’amour devint l’élément essentiel de toutes leurs pièces [1].

Une intrigue ingénieuse, adroitement variée et conduite, mais toujours simple en somme, leur permettait d’en tirer le meilleur parti. Les imitations des poètes latins Plaute et Térence nous donnent une idée fort nette de ce qu’elle dut être en général. N’oublions pas cependant les différences. Les pièces latines sont plus chargées d’épisodes, plus compliquées par conséquent. Leurs auteurs suivent de très près une pièce grecque choisie comme thème ; mais ils ajoutent çà et là des scènes empruntées ailleurs. Dans l’ensemble, la comédie grecque devait donc paraître plus simple. Une seule idée dramatique s’y développait naturellement, et tout naissait de cette idée. On avait pris d’Euripide le goût et l’art des reconnaissances. Il n’y avait guère de pièce où quelque secret ne s’éclaircît à la fin, au profit d’un amour intéressant. Un des types les plus ordinaires du genre était celui-ci : un jeune homme s’éprend d’une jeune fille inconnue; divers obstacles s’opposent à la réalisation de ses vœux, la condition de la jeune fille, le manque d’argent, la volonté d’un père ou d’un tuteur; un esclave rusé aide le jeune homme; on réussit et on échoue, on espère et

  1. Ovide, Tristes, II, 369 : Fabula jucundi nulla est sino amore Menandri.