Page:Croiset - Histoire de la littérature grecque, t5.djvu/1033

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son propre temps. Les livres II, III et IV vont de la mort de Dioclétien à celle de Théodose en 395. Les livres V et VI retracent, avec une ampleur de développement toujours croissante, le règne d’Arcadius et les premières années de Théodose II. Photius, qui lisait encore l’histoire d’Eunape dans son intégrité, nous apprend que Zosime n’avait guère fait que l’abréger. Cela ne peut s’appliquer en tout cas qu’aux règnes de Constantin et de ses fils, de Julien, de Jovien, de Valens, de Théodose et d’une partie de celui d’Arcadius, puisque le récit d’Eunape n’allait pas au delà. Plus loin, Zosime devait reprendre son indépendance. Son récit s’arrête aujourd’hui à la prise de Rome par Alaric en 410 ; et il en était ainsi déjà dans l’exemplaire que lisait Photius. L’ouvrage est par conséquent incomplet[1], soit que l’auteur n’ait pas pu le pousser plus loin, soit qu’il ait été mutilé après sa mort.

Quelque attaché qu’il fût à Eunape, Zosime eut certainement des visées plus hautes, qu’il a déclarées lui-même. Polybe fut son modèle. De même que celui-ci avait autrefois montré l’accroissement de la puissance romaine dans une période décisive de son existence, de même il voulait, lui, en exposer le déclin dans une période également décisive en sens contraire (I, 57). C’était là incontestablement une vue d’historien, qui aurait pu donner à son ouvrage une valeur réelle, s’il eût été capable d’en tirer parti. Par malheur, Zosime, entreprenant d’analyser les causes de la décadence romaine, était loin d’avoir l’étoffe d’un Montesquieu. Celles qu’il aperçoit sont l’ambition, l’incapacité des chefs, les abus du pouvoir absolu, la destruction de la religion nationale. De ces causes, les deux dernières seules sont intéressantes. Mais Zosime ne sait pas en suivre l’effet

  1. Voir IV, 59.