Page:Cros - Le Collier de griffes, 1908.djvu/43

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Au marché, coloré de citrons, de tomates,
Vois ces marchandes au nez droit, aux pâleurs mates ;
Aristophane rit et se querelle avec
Ces fruitières sans honte au plus pur accent grec.
Assez de vos sachets, filles de Thessalie !
Allons plus loin, passons la ruelle salie
Par les trognons de choux et les cosses de pois.
Allons plus loin encore, allons dans les endroits
Où la flûte soupire, où la harpe résonne.
Oh ! ce n’est pas Orphée, Homère ni personne
Qu’on va nous faire entendre ici, mais des chansons
Qu’on oublie et toujours qu’on refera. Passons.

Et ces temples et ces monuments de victoire
Inespérée, à qui la raison n’eût pu croire !
Sur ces marbres ambrés, quels mots rouges lit-on ?
Morts à Platée, à Salamine, à Marathon !

Ce sont les souvenirs immortels des batailles
Où dix mille Athéniens - soit dix mille canailles,
Tuèrent par hasard cent mille bons Persans
Bien armés, bien nourris, bien rangés, bien pesants.

L’Agora ! comme on s’y dispute, on s’y démène !
Mais je connais trop bien cette marée humaine ;