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SUR MADAME NECKER

avec Mme Geoffrin, Mme de Luxembourg et Mme du Deffand, elle en fit ses protectrices et, jusqu’à un certain point, ses amies, et finit par traiter avec elles sur le pied de l’égalité et de la familiarité. Elle eut un salon recherché, honoré, influent, sans trop grands frais de dépense ni même d’agrément ; car la chère qu’on faisait chez elle était ordinaire, et son cuisinier ne visait pas au titre d’artiste ; de plus, la gravité et la décence dont la maîtresse de la maison donnait l’exemple et fournissait le modèle y contenaient dans des limites parfois gênantes la liberté des opinions et des conversations philosophiques. Mme Necker, malgré l’esprit qu’elle avait, était trop préoccupée de celui qu’elle voulait avoir ; et elle dirigeait trop méthodiquement l’entretien pour être une causeuse toujours agréable. Du moins elle savait écouter, ce qui est beaucoup, quoiqu’elle écoutât trop visiblement avec la préoccupation de retenir, d’utiliser les notes de la veille et celles du lendemain. Mais son mari, qui avait de l’esprit, de la gaieté et était capable d’éloquence, ne prenait, fatigué de travaux et de calculs, qu’une part distraite et parfois même indifférente à ces conversations dont il se tenait le plus souvent écarté.