Page:Curie - Traité de radioactivité, 1910, tome 1.djvu/342

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71. Les émanations sont des gaz matériels. Séparation de l’émanation du radium à l’état pur. Mesure du volume. — Nous avons vu que les émanations radioactives se comportent à bien des points de vue comme des gaz ; toutefois, dans toutes les expériences qui ont été décrites jusqu’ici, la présence d’une émanation était toujours révélée uniquement par ses propriétés radioactives. Pour prouver que les émanations sont bien des gaz, on peut chercher à les isoler, à mesurer leur volume sous pression déterminée et à observer la production d’un spectre caractéristique. Les expériences de cette nature sont très importantes, parce que s’il est prouvé sans aucun doute que la radioactivité dans le cas des émanations est attachée à des gaz matériels de nature bien définie, il est prouvé en même temps que ces gaz ne sont pas stables, mais éprouvent une destruction spontanée, ce qui n’a encore jamais été observé pour l’un des gaz ordinaires.

L’opinion d’après laquelle les émanations sont des gaz matériels a été soutenue par MM. Rutherford et Soddy aussitôt après la découverte des émanations radioactives, et alors que les propriétés de celles-ci étaient encore peu connues. Les résultats de l’expérience sont venus appuyer cette opinion en tout point, et les travaux récents relatifs à l’émanation du radium sont de nature à l’établir définitivement. Des trois émanations, celle du radium est d’ailleurs la seule que l’on puisse tenter d’isoler, parce que sa persistance est assez grande ; les émanations du thorium et de l’actinium se détruisent si rapidement qu’elles ne peuvent s’accumuler en quantité appréciable.

L’émanation du radium est obtenue à partir des sels de radium solides ou dissous ; elle est contenue dans les gaz qui sont constamment dégagés par ces sels. Une solution de sel de radium suffisamment concentrée donne lieu à un dégagement de gaz visible et continu, ainsi que l’a tout d’abord observé M. Giesel [1] ; les gaz formés sont principalement l’oxygène et l’hydrogène, et la composition du mélange est voisine de celle de l’eau, de sorte que l’on peut admettre qu’il y a décomposition de l’eau par l’action du radium ; toutefois un excès d’hydrogène peut, en général, être constaté. Un sel de radium solide, qui n’a pas été rigoureuse-

  1. Giesel, Berichte d. d. chem. Gesel., 1903.