Page:Curwood - Kazan, trad. Gruyer et Postif.djvu/202

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Alors Dent-Brisée décida qu’on ne travaillerait plus que durant la nuit et que, le jour, toute la tribu demeurerait dans ses huttes. Kazan n’y perdit point. Il était un habile chasseur nocturne et, deux nuits de suite, il tua son castor. Il avait déjà sept pièces au tableau, lorsque la loutre entra en scène.

Jamais Dent-Brisée n’avait encore été placé entre deux ennemis plus acharnés et plus féroces que ceux qui, maintenant, l’assaillaient. Sur terre, Kazan était son maître et celui de sa race, par l’agilité supérieure qui était la sienne, par son odorat plus subtil et ses ruses de combat. La loutre, dans l’eau, était une pire menace.

Elle y évoluait, plus rapide que le poisson dont elle faisait sa nourriture. Ses dents aiguës étaient pareilles à des aiguilles d’acier. Elle était si lisse et luisante, et glissante, que les castors, si nombreux fussent-ils après elle, eussent été incapables de l’empêcher de leur filer entre les pattes.

Pas plus que le castor, la loutre n’a soif de sang. Et pourtant, dans tout le Northland, elle est la pire destructrice de ces animaux. Elle est pour eux une véritable peste.

C’est surtout durant les grands froids de l’hiver qu’elle accomplit son œuvre la plus redoutable. Elle ne s’en va pas attaquer les castors dans leurs chaudes huttes. Mais, et l’homme fait de même à l’aide de la dynamite, elle va pratiquer, sous la glace, une trouée dans la digue. L’eau se met aussitôt à descendre, la glace s’effondre en masses cahotiques et les huttes demeurent à sec. Les castors ne tardent pas à y mourir de froid. Car, en dépit de leur épaisse fourrure, ces animaux sont très sensibles aux basses températures, qui atteignent, durant l’hiver canadien, quarante à cinquante degrés au-dessous de zéro. La protection de l’eau et de la glace contre l’air extérieur est